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Jean-François
Dreux du Radier (1714-1780) |
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BOULLIAU (ISMAËL) (1694) [1], et non pas Boulliaud comme l'écrit mal le père Niceron, et presque tous ceux qui ont parlé de lui, était fils d'un procureur de Loudun. Il naquit le 28 septembre 1605 d'une famille attachée aux erreurs du calvinisme, il y fut élevé; mais Dieu l'éclaira dans la suite. Il fit ce qu'on appelle les premières classes à Loudun, et sa philosophie à Paris. Chevreau, dans son recueil intitulé Chevreana, rapporte un trait qui peut avoir ici sa place. Il marque l'esprit de Boulliau et sert à le faire connaître. Son père lui ayant demandé compte de l'argent qu'il lui avait donné pour sa dépense à Paris, le jeune Boulliau ne se trouvant pas fort en état de compter de Clerc à Maître mais voulant pourtant satisfaire aux ordres qu'il avait reçus, exagéra sa dispense par plus de soixante articles qu'il commençait toujours par le mot d'usage, item. Malgré cette ressource ne pouvant encore faire cadrer la dépense avec la recette, il donna cette forme à son dernier article: item, mon père il, faut vivre. Le lecteur excusera l'anecdote: en parlant d'un savant on n'a pas toujours à offrir de ces traits qu'on trouve en abondance dans la vie d'un guerrier, ou d'un homme d'état, et qui intéressent toute la nation. Après avoir fini son cours de philosophie à Paris, Ismaël Boulliau alla à Poitiers où il étudia le droit: son goût ne le porta pas du côté de la jurisprudence; il avait fait abjuration à l'age de 21 ans. Cette démarche avait exigé de sa part un examen précédent des dogmes qu'il quittait, et de ceux qu'il embrassait; dans la suite même il prit le parti de l'état ecclésiastique. Tout cela l'engages dans une étude profonde, et très sérieuse de la théologie positive et de l'Histoire sacrée. Il y joignait aussi l'étude de l'Histoire profane, celle des mathématiques, et surtout celle de l'astronomie à laquelle son goût le portait. Il eut le bonheur de demeurer plusieurs années chez M. (Jacques) Dupuy [2], garde de la bibliothèque du roi, où s'assemblait tous les jours ce que Paris avait de plus illustre dans les sciences et dans les grands emplois. Boulliau était un des tenans de ce camp toujours ouvert aux savans. Il s'y fit beaucoup d'amis par un mérite reconnu et par ses ouvrages; de ce nombre fut le hardi critique François Guyet, et le très savant Daniel Huet depuis évêque d'Avranches. ce dernier parle de Boulliau, comme d'une connaissance dont il avait lieu de se féliciter. Après l'éloge de MM. Dupuy, Pierre et Jacques, et de celui de François Guyet dont nous venons de parler il ajoute: 'Ce fut dans ce temps là (à l'âge de 21 ou 22 ans) que je liai avec Ismaël Boulliau qui demeurait alors chez MM. Dupuy, et quoique nous fussions dans la suite éloignés l'un de l'autre, que M. Boulliau demeurât à Paris, et moi à Caen, nous ne laissions pas d'entretenir un commerce suivi. Nous nous écrivions très souvent, et je lui rendais compte de tout ce qui regardait mes études. De son côté il m'instruisait exactement de tout ce qui se passait dans la république des lettres. Circonstance qui mettait l'avantage de nos liaisons entièrement de mon côté. En effet, que pouvait gagner avec un provincial comme moi, un homme comme M. Boulliau, dont le domicile était établi au centre des lettres et de l'érudition, et qui n'ignorait presque rien lui-même? On peut juger quel rang il tenait particulièrement parmi les plus grands astronomes de notre siècle par son Philolaus où il a si bien réussi à rétablir le système astronomique des anciens pithagoriciens, presque oublié, qu'on peut le regarder comme l'Auteur même du système. Ses démonstrations sur les lignes spirales suffisent à faire voir ses connaissances dans la géométrie. Son édition de Ptolémée, avec sa traduction et ses notes prouvent les grands progrès qu'il avait faits dans la philosophie: enfin ses conversations et le grand nombre de lettres qu'il écrivait faisaient connaître sa vaste littérature.' Si ce que je viens de tirer des mémoires de M. Huet n'était point trop long, je me serais fait un plaisir d'ajouter son beau latin à ma version pour ne rien faire perdre au lecteur; ceux qui voudront avoir recours à l'original pourront consulter la page 67 du premier livre de ses mémoires. Après la mort de M. (Jacques) Dupuy, M. de Thou président en la première chambre des enquêtes du parlement, voulut l'avoir chez lui, où les mêmes personnes continuaient leurs assemblées. Il suivit ce grand homme dans le voyage qu'il fit en Hollande en qualité d'ambassadeur; Il eut l'honneur de soutenir avec lui le poids de l'ambassade. Boulliau avait du goût pour les voyages; il en fit plusieurs autres en Italie, en Allemagne, en Pologne et au Levant. La reine de Pologne, Louise-Marie de Gonzague, le reçut honorablement à sa cour, et lui fit même un présent considérable. Le roi Jean Casimir le nomma pour être son agent auprès des Provinces-Unies pendant la guerre de la Suède et de la Pologne. Il se retira en 1689 dans l'abbaye de Saint-Victor, où il fit son testament le 20 août 1691, et y mourut le 25 novembre 1694, âgé de 89 ans. Ses ouvrages, comme le dit M. Huet que j'ai cité, lui ont acquis la réputation d'un savant astronome, d'un philosophe profond, et d'un vaste littérateur; et si quelqu'un pouvait être comparé à Leibnitz, ce serait Boulliau. Le premier ouvrage intitulé de Natura Lucis, parut en 1638. Paris, in-8°. Le second, plus considérable parut en 1639, in-4°, à Amsterdam, avec ce titre: Philolaus, seu de vero sistemate mundi. Nous avons rapporté le jugement qu'en faisait M. Huet. 3° Theonis Smyrnæi mathematicæ græcè et latinè cum notis. Paris 1644. Boulliau est l'auteur de la traduction latine et des notes sur l'ouvrage de Théon de Smyrne, il en avait trouvé le manuscrit dans la bibliothèque du président de Thou; il le lui dédia. 4° Astronomia [3] Philolaica, cum historia Ortus et Progressùs astronomiæ in prolegominis descriptd. Paris, 1645, in f°. Le mouvement des planètes est expliqué dans cet ouvrage, d'une manière qui satisfit les plus savans astronomes du temps. 5° De Lineis, spiralibus démonstrations. Paris, 1657, in-4°, dédié à M. le duc de Verneuil. On a vu ce qu'en pensait M. Huet qui n'était pas lui-même un géomètre médiocre. C'est un Commentaire d'Archimède sur les spirales, où Boulliau tâche de rendre par de nouvelles démonstrations, celles d'Archimède plus claires et plus à la portée de toutes sortes de personnes, qu'elles ne sont dans Archimède même dont il n'était pas content. 6° Astronomiæ Philolaicæ fundamenta explicata, et asserta adversùs Sethi Wardi impugnationem. Cet ouvrage est une réponse à Sethus Ward qui avait attaqué son Philolaus. Paris 1657, in-4°. 7° C. L. Ptolomæi Tractatus de Judicandi facultate, et animi principatu græcè, cum versione latina et commentario Ism. Bullialdi. Paris 1667. Il avait déjà été publié en 1663, in-4°. 8° Ismaelis Bullialdi ad astronomos monita duo. Paris 1667. De ces deux avis aux astronomes, l'un regarde l'avenir et détermine le retour d'un phénomène dont on n'avait encore parlé qu'avec incertitude; l'autre concerne le passé. Voyez le Journal des Savans, in-4°, année 1667, p. 10. Opus novum ad arithmethicam infinitorum libris sex comprehensum, in quo plura à nullis edita demonstrantur. Paris 1682, in-f°. On trouve un fort bon extrait de cet ouvrage dans le Journal des Savans en 1682, 30 novembre, p. 327. Dès l'an 1640 il avait composé une dissertation intitulée, Diatriba de Sancto Benigno; elle ne fut imprimée qu'en 1657, in-8°. On la trouve dans le quatrième tome des Essais de littérature du père Desmolets. C'est une critique de la chronique de Saint-Benigne de Dijon, insérée dans le premier tome du Spicilège du père Dachari. L'auteur y prouve que tout ce qu'on y dit de saint Benigne, de sa mission à Dijon, et de son martyre en 224 sous l'empire d'Autelius, est rempli de contradictions insoutenables. En 1649, il composa un traité en forme de consultation, en faveur des églises de Portugal. Depuis que ce royaume, ayant secoué le joug de la domination espagnole, était rentré sous celle de ses vrais maîtres, le églises demeuraient dépourvues d'évêques par le refus que faisait le pape de donner des bulles aux evêques nommés par le roi Jean (de Bragance) IV. L'auteur estime dans cet ouvrage que le roi Jean IV, ayant supplié depuis huit ans les papes Urbain VIII et Innocent X, de donner des bulles aux évêques nommés, il put les faire sacrer par les métropolitains. Avant de donner son avis, il rapporte les différentes manières dont l'église s'est servie dans tous les temps pour se pourvoir de pasteurs. Ce qu'il y dit des élections, d'abord par le clergé et le peuple, ensuite par les empereurs et nos rois, est d'une érudition curieuse et recherchée, et mérite d'être lu. En 1651, au mois de mars, il en fit un autre sous le nom du roi Jean IV, pour demander au clergé de France son conseil et sa médiation envers le saint siège. Boulliau ne tira de ces excellens ouvrages d'autre fruit que de les voir condamner par le saint office. Ces deux traités, où il raisonne en théologien éclairé, ne furent imprimés qu'en 1656, à Strasbourg, in-8°, par les soins de M. Portner. L'éditeur ami de Boulliau y joignit une dissertation de Pop. Romani fundis, composée par le même auteur en 1651. On la trouve dans la deuxième tome des antiquités romaines de Grævius. L'auteur l'avait faite à l'occasion d'une remarque de M. Rigault, conseiller au parlement de Metz. Cette dissertation roule sur une question de l'ancien droit romain agitée par Cicéron dans l'oraison pro Cornelio Balbo. Il s'agissait de savoir si Balbus, citoyen de Cadix, avait été justement fait citoyen romain par Pompée, et si pour avoir la qualité de citoyen romain, il fallait être populus fundus, c'est-à-dire, avoir renoncé à ses lois, pour se soumettre à celles de Rome. L'adversaire de Balbus le prétendait. Cicéron s'en moque comme d'un ignorant, et soutient qu'il suffisait qu'un particulier renonçât à la ville dont il était, et fut reçu dans celle de Rome. En 1649, parut l'histoire de Ducas avec le texte grec, la version latine et des notes de Boulliau. Elle fut imprimée au Louvre, in-f°, pour faire corps avec l'histoire bizantine, et fut dédiée au cardinal Mazarin. Le père Niceron et l'auteur du Journal des Savans ajoutent qu'il avait fait un ouvrage sur la Pâque des Juifs, qui n'a pas été imprimé. Il y parlait de la célébration de la Pâque [4]. Dans les additions de M. l'abbé Granet à cet article tom. X, p. 62) des Mémoires du père Niceron, on apprend que notre Ismaël Boulliau a écrit deux lettres à Albert Portner sur la mort de Gascendi, qui se trouvent dans un recueil intitulé Lessus Mortualis. J'en ai trouvé une autre, dont j'ai déjà dit un mot, à la tête du Térence de François Guyet, imprimé à Strasbourg en 1657, parmi les éloges qu'ont donné les savans à François Guyet. Elle est datée du 23 avril 1656. Cette lettre, d'un style net et concis, apprend en très peu de mots la mort de Guyet, arrivée le 13 avril précédent; on y trouve des particularités sur les écrits, sur le caractère et l'esprit de Guyet et son éloge. Elle donne une idée bien avantageuse du style épistolaire de Boulliau, qui, par un accord assez rare, joignait les talens du littérateur, beaucoup de politesse dans l'expression, et de finesse dans les pensées, à des sciences profondes, abstruses, et qui semblent faites pour jeter je ne sais quelle sécheresse dans le génie et dans le style. Le catalogue de la bibliothèque de Thou rédigé par matières, secundum Scientias et Artes, et publié par Joseph Quesnel, avec une table alphabétique des auteurs, est l'ouvrage d'Ismaël Boulliau; il a paru en deux volumes in-8°, Paris, aux dépens des créanciers de la maison de Thou, en 1679. (Voyez le Journal des Savans, par M. Cousin, lundi 14 février 1694 [sic] les mémoires de M. Huet en latin, le père Niceron et les autres auteurs cités.) |
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[1] - C'est la vraie manière d'écrire son nom. Chevreau son ami et son compatriote ne l'écrit point autrement, non plus que MM. Dupuy et ceux qui le connaissaient le plus parfaitement. M. Boulliau vous a mande la perte que nous avons faite de M. Guyet, dit Jacques Dupuy a un de ses amis, dans une lettre du 20 mai 1655. Dans la table des noms rendus en latin dans la vie de Peiresc Bullialdus est explique par Boulliau. Il ne signait lui-même jamais autrement. L'observation que je fais n'est pas nouvelle, je viens de la lire dans l'auteur des Observations sur les Ecrits modernes, tom. V, p. 35. Tout cela devait empêcher le P. Niceron de se méprendre a son nom. L'auteur du Journal des Savans l'appelle toujours Boulliau, lorsqu'il parle de ses ouvrages, et dans l'éloge qu'il en fait dans le journal du lundi 14 février 1694 [sic]. Cela rend la faute inexcusable. [2]- Frère de Pierre mort le 16 décembre 1651. Jacques, qu'on appelait M. de Saint-Sauveur, parce qu'il était prieur de Saint-Sauveur en Brie, lui succéda dans l'emploi de garde de la bibliothèque du roi. Ils étaient fils de Claude Dupuy, conseiller au parlement, petit-fils de Clément, avocat célèbre, qui était fils de Geoffroy. [3] - Suivant l'auteur du Journal des Savans: Astrologia philolaica: opus novum, in quo motus planetarum per novam, et veram hypothesim demonstrantur, cum tabulis facillimis. [4] - Suivant le Rit de Moise anticipe par Jesus-Christ un jour avant que les juifs célébrassent la leur. Les remarques du savant Thoinard ayant convaincu Boulliau de la faiblesse de l'opinion qu'il avait prétendu établir dans son Traite sur la Pâque des Juifs, il supprima son ouvrage. On y a sans doute beaucoup perdu, quoique le sentiment de l'anticipation de la Pâque par Jesus-Christ ne fut pas soutenable, par les excellentes raisons que Thoinard en donnait. |
rah.march.2000
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