GENERAL INFORMATION
EXCERPTS FROM THE
BULLETIN D'INFORMATION
1. PURPOSE OF THE ASSOCIATION
The CAMUS STUDIES ASSOCIATION is the North-American branch of the SOCIÉTÉ DES ÉTUDES CAMUSIENNES (fordetails, see SocEtCam.htm ). Its purpose is to facilitate worldwide communication and research onthe life and work of Albert Camus (1913-1960). To this end, the CAMUS STUDIES ASSOCIATION disseminates the quarterly Bulletin de la Société des Études Camusiennes (in French only), information on forthcoming events, and lists of recently published articles and books. Occasionally, the Association will sponsor special sessions on Camus at regional or national professional meetings.
2. MEMBERSHIP (in North America only) INFORMATION
For membership application write to: Professor Raymond Gay-Crosier, Department of Romance Languages & Literatures,University of Florida, Gainesville, FL 32611.
FAX number (352) 392-5679.
e-mail:
gaycros@rll.ufl.edu
If you wish to join, please print the form below, fill in the blanks and send it with your check (in U.S. dollars)or moneyorder (in U.S. dollars) to the address indicated. Please note that as of 2008, we have synchronized our renewal ccycles with the French headquarters. Henceforth, dues will be billed each January.
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APPLICATION
/ RENEWAL FORM / FICHE D’INSCRIPTION ET DE RENOUVELLEMENT
ANNUAL
DUES / COTISATION ANNUELLE
YEAR /
ANNÉE 2008
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Cotisation déterminée par l'Assemblée générale de la Société (2005)
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U. S. $ 30 Membre fondateur
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U. S. $ 25 Membre actif
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U. S. $ 10 Membre étudiant
Nom: _________________________________________________________
Profession: _____________________________________________________
Département: ___________________________________________________
Institution: _____________________________________________________
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(Ville)
(Etat) (Code Postal)
Fax: __________________________________________________________
Courrier électronique: ____________________________________________
Version préférée du Bulletin: électronique ______ imprimée _______
Adresse privée: _________________________________________________
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(Ville) (Etat) (Code Postal)
Téléphone:
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(privé) (bureau)
LIBELLER
LE CHEQUE AU NOM DE LA CAMUS STUDIES ASSOCIATION, S.V.P.
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Voici l'avant-dernier Bulletin de la Société des Études Camusiennes.
EDITORIAL
Chers amis,
Revenons donc inlassablement aux textes. Plusieurs manifestations, cet automne, nous permettront de réinterroger une œuvre où ne se dissocient jamais éthique et esthétique. À Barcelone, à Tunis, à Paris, à Lourmarin, à Orléans, on se réunira pour mettre en commun questionnements et points de vue. Ailleurs, on met en scène Les Justes. On lira passionnément la correspondance Char-Camus, publiée à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du poète : on verra combien cette amitié a compté pour l'un et l'autre.
Ce Bulletin est, une fois encore, l'écho de l'activité multiforme que suscite Camus. Dans la masse de nouvelles qu'il apporte, et que vous êtes de plus en plus nombreux à nous communiquer (merci à tous !), il laisse pressentir la diversité des approches et des pratiques. On devine la ténacité des chercheurs, la passion des enseignants, l'émerveillement des lecteurs /auditeurs, l'envie de tous de partager quelque chose avec les autres « camusiens », présents et à venir. Je peux attester qu'il suffit de peu pour que des amis étrangers envisagent d'organiser chez eux un colloque ou une manifestation ; et je reçois des messages émouvants qui témoignent d'attachements très profonds à Camus.
Un texte peu connu de Camus est
publié dans ce Bulletin ; il date de 1939 mais le hasard fait bien
les choses, qui nous le donne à lire aujourd'hui, puisqu'il s'intitule
« Réflexions sur la générosité »
; tout un programme...
Agnès SPIQUEL
CONSEIL D’ADMINISTRATION
du 12 MAI 2007
Compte-rendu du Conseil d’administration
DE LA SOCIETE DES ETUDES CAMUSIENNES.
Le CA s’est tenu à PARIS, samedi 12 mai à 14heures, à l’Hôtel des Balcons. Etaient présents :
ABBOU André, ABDELKRIM Zedjida, BASSET Guy, BLONDEAU Marie-Thérèse, CREPIN Brigitte, GAY-CROSIER Raymond, LEVI-VALENSI Pierre, LUPO Virginie, PROUTEAU Anne, SPIQUEL Agnès, WEYEMBERGH Maurice.
Membres excusés : AUDIN Marie-Louise, BENICOURT Georges, MINO Hiroshi, PLANEILLE Franck, RUFAT Hélène, SAROCCHI Jean, SCHLETTE heinz-Robert, SMETS Paul, VANNEY Philippe, VIALLANEIX Paul, WALKER David.
Lecture du courriel envoyé par Georges Bénicourt, trésorier :
L’état de la trésorerie
est bon (> 4700 euro) ce qui, compte tenu des coûts prévisibles
des deux prochains bulletins (moins de 700 euro par bulletin) nous laisse
un matelas de 3000 euro dans lequel on peut donc prendre un financement
pour des manifestations.
Par rapport à ce matelas,
il me semblerait opportun d’ouvrir un compte épargne si cela est
possible (je peux contacter la banque à ce propos) : 3000 euro même
à 2% cela fait 60 euro, soit 3 cotisations.
Les rentrées des cotisations
2007 sont très moyennes : autour de 70 adhérents à
ce jour, cela signifie une centaine de retardataires. Je n’ai pas de nouvelles
non plus des sections japonaise et nord-américaine. Faudrait-il
fixer une date (en milieu d’année ?) pour le versement de leur quote
part?
Le CA décide à l’unanimité de placer l’argent sur un compte épargne, si cela n’entre pas en contradiction avec la législation sur les associations Loi 1901.
A la question de Raymond Gay-Crosier sur le reversement des 40% des cotisations étrangères, le CA décide à l’unanimité que les 40% s’entendent après déduction des frais engagés par les sections étrangères - pour l’instant Japon et Etats-Unis- frais occasionnés par l’envoi du bulletin. Raymond Gay-Crosier précise que ce reversement se fera en décembre 2007 ou au plus tard en janvier 2008
Agnès Spiquel annonce d’abord les différentes manifestations à l’occasion du cinquantenaire du Prix Nobel : Barcelone, 7-9 novembre 2007, Orléans 17 novembre, Tunis, 6-8 décembre, enfin Paris, 7 décembre 2007. Elle précise que le colloque de Tunis (voir page 7) n’est pas tourné vers le Nobel.
La médiathèque d’Orléans organisera le samedi 17 novembre en fin d’après-midi une manifestation centrée sur l’actualité de la pensée de Camus face au terrorisme. Guy Basset finalisera le projet avec la médiathèque d’Orléans. La SEC accorde son patronage. Nous en reparlerons dans le bulletin d’octobre.
Pour la manifestation parisienne du vendredi 7 décembre (14-18 heures) la Mairie de Paris met à notre disposition l’auditorium qui peut accueillir 250 personnes. Le programme définitif n’est pas encore arrêté, mais le thème est retenu : Qu’est-ce qu’être un artiste pour Camus ? Sont envisagées trois conférences suivies d’une lecture de textes de Camus et d’une discussion avec le public. Pour des raisons de sécurité, il sera nécessaire de présenter un carton d’invitation. Les modalités d’obtention seront précisées dans le prochain bulletin. Virginie Lupo propose de coordonner l’opération ; nous l’en remercions.
L’assemblée générale de la SEC sera dissociée de cette manifestation et se tiendra un samedi de décembre ou de janvier (après-midi). La date sera annoncée dans le bulletin d’octobre.
Anne Prouteau se propose de réfléchir à une réorganisation du portail Camus sur internet.
La séance est levée à 16 heures.
Marie-Thérèse BLONDEAU
COLLOQUE DE BARCELONE
Colloque international
7-9 Novembre 2007 - Barcelone
(Université Pompeu Fabra)
Discours de liberté: A. Camus, "L'artiste et son temps"
Discursos de llibertat: A. Camus, "L'artista i el seu temps"
(Les échos espagnols)
Camus a très souvent prêté et sa voix et sa plume aux "persécutés" espagnols, prenant position sans ambages contre le franquisme. Or si cette "fidélité à l'Espagne" est connue, elle n'en est pas pour autant très étudiée. Du reste, les liens entre son idée de liberté et ses représentations de l'Espagne sont multiples, persistants et présents tout au long de son œuvre (littéraire, journalistique ou philosophique); il serait donc temps de reconsidérer la relation entre Camus et l'Espagne en allant aussi au-delà des origines minorquines de sa famille maternelle.
Nous proposons par conséquent de considérer d'abord, la question de la liberté dans l’œuvre camusienne sous la double perspective de ses sources et de ses prolongements dans la création littéraire, en particulier, mais aussi dans les répercussions philosophiques et politiques qu'elle a pu avoir en Espagne. Ceci devrait permettre non seulement d'explorer davantage les œuvres littéraires d'Albert Camus où l'Espagne est présente (ou nommée), mais aussi d'étudier, voire de découvrir, les relations idéologiques avec les libertaires (syndicalistes) espagnols ainsi que les relations plus personnelles (et politiques) avec les Espagnols en exil. De même les travaux comparatistes sauront mettre en lumière les éléments du discours camusien qui ont le mieux été adoptés par les écrivains espagnols. Éventuellement, un travail inverse pourrait aussi rappeler combien la tradition culturelle espagnole est ancrée dans l'imaginaire camusien.
Un deuxième axe serait celui se rapportant aux paroles de liberté et à l'engagement de l'artiste pour la défense des libertés et des valeurs humaines. Il ne s'agirait pas seulement d'étudier ce que "liberté veut dire", il serait aussi question d'analyser comment ce concept de liberté est exprimé et formulé dans ses discours, par un Albert Camus spécialement sensible aux aphorismes.
Ce double parcours espère
bien sûr mettre en évidence combien l'image de l'Espagne est
fondatrice du concept de liberté chez Albert Camus, mais si au terme
du colloque nous parvenons à éveiller l'intérêt
des critiques et des chercheurs espagnols pour l'œuvre camusienne dans
sa totalité, et non seulement pour ses écrits philosophiques,
nous estimerons que cette commémoration aura été utile
en plus d'être nécessaire.
En guise d’orientation, voici quelques axes (larges et non exclusifs) de recherche autour de l’idée d’ «Espagne libre »:
• Les racines méditerranéennes
• La vie politique
• Camus et la révolte
• Camus et la tyrannie
• Les liens personnels
Structure chronologique prévue pour le colloque (PROVISOIRE)
Mercredi 7 novembre
16h00: Inauguration
16h30-17h30: Table ronde interdisciplinaire
sur la réception d’A. Camus en Espagne
17h30-18h00: Pause
18h00-19h00: 3 communications
(la Liberté, en général)
Dîner
Jeudi 8 novembre
9h30-11h00: 4 communications
11h00-11h30: Pause
11h30-13h00: 4 communications
13h00-13h30: Débat(s)
Déjeuner
16h00-17h30: 3 communications
+ débat
17h30-18h00: Pause
18h00-19h00: Table rondes sur
la réception littéraire d’A. Camus en Espagne
Soirée théâtrale
(à l’Institut français de Barcelone) + Dîner
Vendredi 9 novembre
- 3 ou 4 interventions (communications
et conférence(s))
- Causerie de clôture du
colloque autour de la présence de l’Espagne dans la nouvelle édition
de La Pléiade (à l’Institut Français de Barcelone)
- Exposition / activité
autour de l’œuvre d’A. Camus (à l’Institut Français de Barcelone)
Comité organisateur: Montserrat Capdevila (Institut Français de Barcelone), Montserrat Cots (Universitat Pompeu Fabra), Alicia Piquer (Universitat de Barcelona), Hélène Rufat (Universitat Pompeu Fabra), Maite Sastre (Institut Universitari de Cultura - Universitat Pompeu Fabra), Guy Basset (Société des Études Camusiennes), Fabrice Bentot (Lycée français de Barcelone)
Comité scientifique: Christiane Chaulet-Achour (Université de Cergy-Pontoise), Rosa de Diego (Universidad del País Vasco), Agnès Spiquel (Société des Études Camusiennes, Université de Valenciennes), André Abbou (Université Paris XIII), Robert Dengler (Universidad de Salamanca), Pierre Masson (Université de Nantes), Maurice Weyembergh (Université Libre de Bruxelles)
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COLLOQUE DE TUNIS
Unité de Recherche «
Poétique théorique et pratique »
Ecole Normale Supérieure
de Tunis
Société des Etudes
Camusiennes
Centre de Recherche Textes et
Francophonies
Institut Français de Coopération
Colloque international
6 -7- 8 décembre 2007
Tunis
« Albert Camus,
l’écriture des limites et des frontières »
Camus place en exergue aux Lettres à un ami allemand ce mot de Pascal : « On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois ». Ce sens du défi (à l’esprit de système), ce refus des positions exclusives semblent, selon nous, emblématiques de la tension qui caractérise la pensée, l’esthétique, l’écriture camusiennes.
Conjuguant plusieurs absolus,
l’œuvre d’Albert Camus s’engage dans les aventures cruciales de son temps
mais revisite le moralisme antique ou vise à l’intemporel de la
fable.
De par sa formation, c’est sans
doute dans la philosophie (pensée grecque pré-socratique,
Nietzsche…) que l’écrivain puise cette idée des limites qu’il
réinvestit dans la littérature.
Il pratique le chevauchement
des genres en se jouant de leurs marges ou de leurs frontières,
fondant la narration sur un soliloque, transposant des récits en
textes dramatiques, oscillant entre fiction politique et autobiographie…
L’œuvre joue constamment de points
de tension entre plusieurs pôles opposés. Elle pratique l’alternance
abrupte d’un texte à l’autre et concilie à l’intérieur
d’un même ouvrage des registres contrastés : concert
polyphonique des voix, fulgurance aphoristique, souffle lyrique, déconstruction
ironique…
L’écriture d’Albert
Camus se déploie ainsi sur plusieurs claviers énonciatifs
et donne à lire des énoncés hybrides qui sont refus
du sens unifié et réducteur. Il s’établit alors entre
ce « lieu commun » qu’est le code et l’irrésistible
désir d’inscrire son èthos particulier dans la langue, un
dialogue original que nous avons pris l’habitude d’appeler «
style » et parfois « genre ».
Nous voulons nous interroger,
dans le cadre de ce colloque, à l’occasion de la commémoration
de l’obtention par Camus du Prix Nobel de littérature en 1957, sur
cette écriture des limites et des frontières dans son œuvre
en privilégiant les champs de la poétique et de la stylistique,
ce qui n’exclurait pas des éclairages philosophiques, dans la mesure
où ils donnent toute leur portée aux choix esthétiques.
Sans prétendre à
l’exhaustivité, quelques axes de recherches peuvent être suggérés
:
I. La notion de limite chez Camus
philosophe et essayiste.
II. Camus, entre l’écriture
personnelle, l’écriture de la fiction et les formes du discours
moraliste.
III. L’éthos camusien
IV. Camus et les genres : alternance,
transgression, formes hybrides.
V. Camus et les voix :
polyphonie, ironie, transmodalisations.
Délai de présentation
des propositions: 30 mai 2007
Résumé d'une dizaine
de lignes à envoyer à: trabelsi_mustapha@yahoo.fr
Date limite de réponse et confirmation: 30 juin 2007
Comité organisateur:
Ali Abassi, Christiane Chaulet-Achour, Kamel Gaha, Kamel Hamdi, Martine Job, Philippe Mogentale, Salah Oueslati, Hassan Slimane, Mustapha Trabelsi
Comité scientifique:
Ali Abassi, Christiane Chaulet-Achour, Didier Coste, Kamel Gaha, Mohamed-Kameleddine Haouet, Martine Job, Philippe Mogentale, Pierre-Louis Rey, Agnès Spiquel, Mustapha Trabelsi
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CONTRIBUTIONS
« Réflexions sur la générosité » : un article peu connu d’Albert Camus*
Dans Chroniques Algériennes,
sous le titre « Crise en Algérie », Camus a rassemblé
une série d’articles qu’il avait publiés dans Combat à
la suite de l’insurrection nationaliste avortée de Sétif
en mai 1945( ). Dans un post-scriptum au premier de ces articles, il a
critiqué un autre journal qui s’était empressé d’accuser
Ferhat Abbas, président des « Amis du Manifeste » ,
d’avoir organisé directement ce que Camus appelait alors les «
troubles » (Essais, 943). Dans un article ultérieur consacré
au parti du Manifeste, Camus a rappelé qu’avant la guerre, Abbas
avait été « un des partisans les plus résolus
de la politique d’assimilation », et qu’à cette époque,
« il dirigeait un journal, l’Entente, qui défendait le projet
Blum-Viollette et demandait que soit enfin instaurée en Algérie
une politique démocratique où l’Arabe trouvât des droits
équivalents à ses devoirs. » (Essais, 954) . Ce que
Camus n’a pas mentionné, c’est qu’en 1939, il avait publié
lui-même un article dans l’Entente qui exprimait le même point
de vue qu’il attribuait à Abbas .C’est cet article, « Réflexions
sur la générosité », qu’on réimprime
ici pour la première fois après près de soixante-dix
ans.
L’Entente – anciennement
l’Entente franco musulmane – était un journal francophone algérien
qui tirait à 3000 exemplaires et dont le siège social était
à Sétif. Son sous-titre annonçait que c’était
l’« Organe hebdomadaire de la Fédération des Élus
des Musulmans et de l’Union Populaire Algérienne pour la Conquête
des Droits de l’Homme et du Citoyen ». Le directeur politique de
L’Entente était le docteur Mohamed Bendjelloul, président
de ladite Fédération. Abbas, qui avait fondé l’Union
Populaire Algérienne en 1938, était le rédacteur en
chef du journal depuis 1937 . Il deviendra par la suite président
de l'Assemblée nationale au lendemain de l’indépendance,
avant de démissionner en signe de protestation contre la décision
du Front de Libération Nationale de faire de l’Algérie un
état à parti unique.
Du point de vue politique,
Camus et Abbas semblaient faits pour s’entendre. Dans les années
vingt, Abbas lui-même avait écrit des articles pour divers
journaux, dont l’Ikdam (« Courage ») de l’émir Khaled,
petit-fils du héros nationaliste Abdelkader . De même, Herbert
Lottman constate que Camus, alors qu’il était toujours lycéen
au début des années trente, faisait partie du groupe qui
publiait l’Ikdam, qui réclamait l’égalité entre Musulmans
et Européens et une fin à la législation discriminatoire
. Bien qu’il ne soit pas impossible que Camus ait rencontré Abbas
à cette époque, il semble plus probable qu’il l’a connu par
l’entremise de son ami Claude de Fréminville pendant la période
de leur adhésion mutuelle au Parti communiste. Abbas était
parmi les contacts de de Fréminville, qui publiait des tracts et
des périodiques non seulement pour les communistes mais aussi pour
des organisations nationalistes . Selon sa femme Jeanne, le PC l’a accusé
d’avoir acheté son matériel d’imprimerie avec des fonds obtenus
d’Abbas, et lorsque de Fréminville a quitté le parti à
la fin de 1937, il se disait « ferhatiste » .
Il faut aussi tenir compte
des activités contemporaines de Camus au sein de la Maison de la
Culture d’Alger, dont il était le secrétaire général
. Une des organisations associées à la Maison était
l’Union Franco Musulmane, dirigée par de Fréminville, mais
fondée, selon Marguerite Dobrenn, par Camus lui-même . L’Union
publiait des tracts sur la représentation des musulmans au parlement,
et le 26 avril 1937, Camus et le secrétaire de l’Union (de Fréminville,
sans doute) ont fait des discours à une réunion sur les intellectuels
et le projet Viollette . Le mois suivant, un « Manifeste des intellectuels
d’Algérie en faveur du projet Viollette » (I, 572-73) – sans
les noms de ses cinquante signataires, mais présenté comme
une initiative de la Maison de la Culture – a été publié
dans le deuxième numéro de Jeune Méditerranée,
le bulletin mensuel de celle-ci.
Le projet Viollette avait
été déposé en 1931 par Maurice Viollette, l’ancien
gouverneur général de l’Algérie, et puis de nouveau
en 1936 après l’avènement au pouvoir du Front populaire sous
Léon Blum (d’où son autre nom, projet « Blum-Viollette
»). Viollette envisageait « l’incorporation progressive de
tous les indigènes d’Algérie dans le corps électoral
français au fur et à mesure que leur évolution les
amènerait à penser français et sans qu’il y ait lieu
de s’inquiéter du statut personnel » – c’est-à-dire
les coutumes, religieuses ou autres, incompatibles avec le Code civil français.
Bien que le projet n’eût commencé que par permettre à
une élite de quelque 24 000 musulmans d’acquérir la citoyenneté
française (et donc le droit de vote), le manifeste de la Maison
de la Culture l’avait décrit comme « une étape dans
l’émancipation parlementaire intégrale des musulmans »
(I, 573; c’est moi qui souligne). Comme Camus l'a expliqué en 1945
dans sa série d’articles sur la crise en Algérie, la réaction
des grands colons et des maires d’Algérie a été cependant
telle que le projet a été abandonné.
Ce que Camus appelle l’«
étouffement » du projet Blum-Viollette et la crise en Europe
créée par l’agressivité croissante des pouvoirs fascistes
fournissent les deux contextes politiques explicites pour « Réflexions
sur la générosité ». De ce point de vue, l’importance
de cet article est que, quelques mois avant le déclenchement de
la guerre, Camus s’est montré un partisan inébranlable de
la démocratisation en Algérie. Mais il faut aussi tenir compte
d’un autre contexte auquel l’article ne fait pas référence
: l’essor du nationalisme algérien par suite, précisément,
de l’abandon du projet Blum-Viollette et de certains contretemps dans le
processus démocratique en ce qui concernait les élections
« indigènes ». Dans les élections départementales
du 23 et 30 avril 1939, par exemple – quelques jours avant la publication
de « Réflexions sur la générosité »
– la préfecture d’Alger avait fini par invalider l’élection
du candidat du Parti du peuple algérien (PPA), le parti nationaliste
radical mené par Messali Hadj.
Le 24 avril déjà,
dans un article d’Alger républicain, un certain « Antar »
avait donné une vue d’ensemble des trois principales organisations
politiques qui proposaient des candidats aux élections : le PPA,
le Parti communiste et les Jeunesses du Congrès musulman algérien,
dont faisaient partie les ferhatistes. La description de ce dernier parti
donnée par Antar ne laissait guère de doute sur ses sympathies
: « La jeunesse du Congrès tient le juste milieu. Ses militants,
non dénués de maturité et d’intelligence politiques,
ont su se garder de tout extrémisme dangereux, comme de toute démagogie
intéressée. » Ce qui insinuait, évidemment,
que les militants du PC étaient des démagogues intéressés
et les militants du PPA des extrémistes dangereux. Antar faisait
ensuite allusion à l’échec du projet Blum-Viollette, en rappelant
à ses lecteurs « [le] profond découragement […] des
masses indigènes, dès le jour où elles constatèrent
que les maires fascistes algériens avaient su imposer leur volonté
au gouvernement de la République en empêchant la prise en
considération de leurs doléances les plus chères.
». Selon Antar, les électeurs musulmans avaient manifesté
leur profonde désillusion et leur mécontentement en votant
comme ils l’avaient fait – c’est-à-dire en donnant la majorité
de leurs votes au candidat du PPA, qu’il décrivait comme «
un parti qui passe pour avoir des tendances subversives ».
L’article Antar sur les élections départementales a été
suivi, non seulement de « Réflexions sur la générosité
», mais aussi de quatre autres articles de Camus sur la politique
franco musulmane. Dans leur ensemble, ces articles – parus dans trois publications
différentes et s’adressant à trois publics différents
– constituent une sorte de campagne journalistique personnelle contre
la répression de la dissidence algérienne et en faveur d’une
politique coloniale démocratique, juste et prudente. Dans le premier
de ces articles, publié le 10 mai dans Alger républicain,
Camus prête son appui aux efforts pour réanimer le projet
Blum-Viollette et demande la libération des détenus politiques
algériens, y compris Messali Hadj . Dans le deuxième, «
La justice et l’empire », du 16 mai, il manie l'ironie cinglante
pour dénoncer les suites de l’assassinat aveugle, par un inspecteur
et un agent de police, de deux anciens combattants algériens qui
assistaient à une réunion publique tenue par le candidat
de la Fédération des élus. Les assassins avaient bénéficié
d’un non-lieu, tandis que l’Entente, attaquée en diffamation par
l’un des inculpés, avait été condamnée à
mille francs de dommages et intérêts. Proposant que l’on y
ajoute une amende aux familles des victimes, Camus conclut que, de cette
façon, « la sollicitude que nous portons au peuple arabe de
ce pays recevrait une fois de plus une convaincante illustration »
(I, 649).
Comme le constate André
Abbou, le troisième article, une « Lettre d’Alger »
sur les progrès du nationalisme algérien, paru dans la Revue
Méditerranée-Afrique du Nord du 1er juin 1939, fait
écho à l’article Musulmane dans sa structure, ses appréciations
et dans ses expressions . De même, on peut noter que cette lettre
recoupe « Réflexions sur la générosité
» à trois endroits :
« Réflexions sur
la générosité » (4 mai 1939)
« Lettre d’Alger
» (1er juin 1939)
« ce peuple qui leur offrait
son sang, ils venaient de lui refuser le droit de s’exprimer. »
« il est difficile de refuser la parole à des hommes dont
on va demander le sang » (I, 873)
« J’entends d’ici les grandes
voix des colons français répondre que l’heure n’est pas aux
projets d’émancipation. Et qu’en ces temps de péril extérieur,
toute leur attention va à la défense nationale. »
« On entend dire ici que l’heure n’est pas aux réformes et
que la défense nationale prime les autres préoccupations.»
(I, 872-873)
« Ce peuple [...] veut
tenir la balance de ses droits et de ses devoirs » «
les Jeunesses du Congrès musulman demandent, sur un ton modéré,
qu’on tienne la balance égale entre les droits et les devoirs du
sujet arabe » (I, 871)
Entre le 5 et le 15 juin Camus
publie les articles regroupés plus tard dans « Misère
de la Kabylie », et entre le 21 juin et le 28 juillet ses reportages
sur le procès pour homicide du cheikh el-Okbi, ex-vice-président
modéré de l’Association des oulémas (théologiens
islamiques) et membre du Congrès musulman algérien. Dans
le quatrième de sa série d’articles sur la politique franco
musulmane, « De malencontreuses poursuites » , paru dans
l’Alger républicain du 18 août, Camus réitère
l’argument de sa « Lettre d’Alger » : que ce qu’il appelait
les « persécutions » dont on poursuivait le nationalisme
algérien ne servaient qu’à le fortifier. Selon lui, il fallait
examiner les revendications du PPA « dans un esprit de générosité
et de justice ». La seule manière d’enrayer le nationalisme
algérien, conclut-il, était de « supprimer l’injustice
dont il est né ».
Pour Camus, il n’y avait
aucune contradiction entre, d’une part, la démocratie et la justice
comme des fins en soi, et d’autre part, l’intérêt de la France,
des Français de l’Algérie et des Algériens eux-mêmes.
De même qu’Abbas avant que celui-ci n’ait perdu ses illusions , Camus
croyait désespérément – ses remarques dans «
Réflexions sur la générosité » en témoignent
– à l’idéal de la « mission civilisatrice » de
la France en Algérie, ne pouvant et ne voulant pas accepter l’inacceptable
réalité du colonialisme. Cela dit, on ne peut s’empêcher
d’être frappé par la force de son argument – et de se demander
si l’histoire de l’Algérie n’aurait pas pu être différente,
si on en avait tenu compte.
Nous avons redécouvert
l’existence de « Réflexions sur la générosité
» grâce à une mention dans l’Histoire de l’Algérie
contemporaine de Charles-Robert Ageron. Il convient donc de laisser le
dernier mot de cette introduction à Ageron, qui décrit l’auteur
de cet article comme « une voix où la générosité
s’alliait à l’intelligence politique » .
Neil Foxlee
*
REFLEXIONS SUR LA GÉNÉROSITÉ
par ALBERT CAMUS
Ceux qui ont eu le triste
courage de lire les journaux dans la semaine qui précéda
l’accord de Munich , n’ont pas manqué de remarquer dans la presse
algéroise la place importante donnée aux manifestations de
« loyalisme » des Musulmans d’Algérie. Des journaux,
dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont prêté leur
attention au peuple arabe que pour lui refuser ce qu’il lui arrivait de
demander, dressaient chaque jour un tableau d’honneur de déclarations
de fidélité à la France que leur adressaient un certain
nombre de personnalités musulmanes.
Personne, à vrai
dire, n’y voyait d’inconvénients. Peu de Français cependant
ont su remarquer que ces manifestations (je me souviens d’un cliché
de « l’Echo d’Alger » où quatre cents indigènes
de Mascara défilaient pour affirmer leur solidarité à
la France) suivaient de quelques mois l’étouffement du projet Viollette
. Moins de Français encore ont songé à s’en étonner.
Il y a des choses sans doute qui paraissent naturelles. Mais enfin, il
faut être soi-même généreux pour trouver naturelle
la générosité. Et l’on aurait voulu que certains qui
faisaient si grand tumulte autour du loyalisme de nos populations missent
plus de pudeur dans l’étalage de leur satisfaction. Car enfin, ce
peuple qui leur offrait son sang, ils venaient de lui refuser le droit
de s’exprimer.
On pouvait attendre, du
moins, qu’une fois l’alerte passée, les mêmes journaux se
souvinssent de ce geste. Mais la presse dont il s’agit ne s’est départie
de son silence que pour dénoncer le projet Viollette ou renier l’inoffensif
projet Duroux . Encore une fois, les Musulmans en sont pour leurs frais
de générosité. J’entends d’ici les grandes voix des
colons français répondre que l’heure n’est pas aux projets
d’émancipation. Et qu’en ces temps de péril extérieur,
toute leur attention va à la défense nationale. Mais cette
défense nationale trouve un de ses appuis le plus certain dans ses
conscrits musulmans. Après la générosité, c’est
donc la logique qui sera méprisée.
Certes, on paraîtrait
naïf à montrer trop d’étonnement. Nous connaissons cette
politique. Elle est sœur de celle qui consiste à dire aux indigènes
musulmans : « Vous voulez voter. Demandez votre naturalisation »
et à refuser neuf demandes de naturalisation sur dix , de celle
qui consiste à dire : « Vous désirez avoir votre représentation.
Abandonnez votre statut personnel », quand par la juridiction du
mariage musulman et le service militaire obligatoire, on n’a pas craint
d’entamer profondément ce statut personnel, de celle encore qui
ne veut offrir qu’aux universitaires musulmans le droit de se faire entendre
dans le même temps où elle laisse neuf cent mille enfants
hors des écoles où les diplômes s’acquièrent.
Elle est sœur enfin de toutes les petites intrigues qui ternissent ici
le visage d’une France qui se voudrait généreuse et qui reçoit
des leçons de grandeur de ceux-là mêmes qu’elle a pour
mission d’éduquer .
Il ne s’agit pas ici de
faire du sentiment à propos de politique. Mais nous sommes pourtant
un certain nombre à nous faire une autre idée de la mission
de la France en ce pays. Et à penser que la conquête d’un
pays n’a pas d’excuses tant qu’elle ne se consacre pas dans la conquête
des cœurs . Ce peuple qui demande aujourd’hui à devenir français,
et qui veut tenir la balance de ses droits et de ses devoirs, il est singulier
qu’on lui refuse avec autant de persévérance ce que nous
devrions être surpris et fiers de lui voir demander. Et ce n’est
pas la moindre honte de certains Français d’Algérie de voir
les instincts généreux d’un peuple désintéressé
tour à tour utilisé et méprisé pour des fins
politiques.
Dans ce journal, du moins,
nous pouvons affirmer notre solidarité et demander à nouveau
que la France sache reconnaître où se trouve sa vraie grandeur.
La générosité est une vertu difficile à pratiquer.
Elle demande qu’on sache oublier. Mais elle exige aussi de la mémoire.
Les Musulmans ont montré qu’ils étaient capables d’oublier.
Il serait navrant que le Gouvernement de la République ne sache
pas se souvenir.
Albert CAMUS
Les villes d’Albert
Camus, architectures, activités, métaphores
Ce sont souvent des amours secrètes,
celles qu’on partage avec une ville. (OC I, 117) (1). Par cette phrase,
Camus donne le ton. Le rapport qu’il entretient avec la ville loin d’être
anodin, est précieux, puissant et relève de l’intime : Oui,
je perds pied. J’apprends qu’il en est des villes comme de certaines femmes,
qui vous bousculent et vous écorchent l’âme, et dont on emporte
sur tout le corps la chère brûlure, à la fois scandale
et délectation. (OC II, 691) (2).
Bien d’autres références
pourraient venir illustrer ce propos car la ville est une thématique
chère à Camus. On l’associe régulièrement
à Alger et Oran, villes où il a vécu durant son enfance
et sa jeunesse et dont il parle avec beaucoup d’émotion : Mais Alger,
et avec elle certains milieux privilégiés comme les villes
sur la mer, s’ouvre dans le ciel comme une bouche ou une blessure. (OC
I, 117) (1).
Je rentre à peine d’Oran
où j’ai passé trois jours merveilleux à me baigner,
à me promener et à rire. C’est une ville brutale et féconde
où je suis content d’avoir beaucoup d’amis. […] Et je me sentais
libre et sans attaches dans une ville que j’aimais. C’est un sentiment
rare et précieux. (37) (3).
Les villes que la plume de Camus
nous invite à découvrir sont bien plus nombreuses et variées.
L’itinéraire que nous allons parcourir nous conduit, outre Alger
et Oran, à Rome, Prague, Marseille, Athènes, Florence, Paris,
Pise, Tipasa, Turin, Amsterdam, Cadix, Venise, Djémila, New-York
et Mycènes. De la vue panoramique qui situe la ville dans un contexte,
nous sommes invités à découvrir les quartiers, les
rues, les monuments pour venir ausculter l’homme qui construit et peuple
ces cités. Ce cheminement ne prétend pas à l’exhaustivité,
il ne mentionne pas Rio de Janeiro, Gènes, Montréal,
Rotterdam, Délos, Philadelphie, Breslau, Palma, Urbino, Constantine,
Vienne autant de villes qui pourraient y avoir une place. Il nous entraîne
de la ville bâtie à la ville métaphore, de la ville
active à la ville mémoire, de l’archéologie à
la ville future. Les extraits des textes de Camus nous ont paru suffisamment
nombreux sur ces sujets pour nous inviter à une relecture
de l’œuvre, à une pérégrination vers la réception
d'une polyphonie qui mêle le chant des pierres et le chant des hommes,
tout en gardant en mémoire cette étrange et insupportable
certitude [...] que la beauté monumentale suppose toujours une servitude.
(C3, 138) (4).
Considérant d’abord le
panorama dans lequel s’inscrivent les villes, c’est en choisissant de se
laisser apprivoiser que chacun d’entre nous pourra progresser vers le centre,
atteindre ainsi le cœur le plus intime de la cité pour y découvrir
un cheminement intérieur vers cette vie rebelle à l’oubli,
rebelle au souvenir, dont parle Stevenson. (II, 882) (5). Ainsi de
la ville au quartier et du quartier au bâtiment, Camus observe,
décrit avec précision. Il est donc facile de les retrouver
et les reconnaître aujourd’hui : Le lycée où avaient
lieu les examens se trouvait de l’autre côté exactement, à
l’autre extrémité de l’arc de cercle que formait la ville
autour du golfe, dans un quartier autrefois opulent et morne, et devenu,
par la vertu de l’immigration espagnole, un des plus populaires et des
plus vivants d’Alger. Le lycée lui-même était une énorme
bâtisse carrée surplombant la rue. On y accédait par
deux escaliers de côté et un de face, large et monumental
que flanquaient de chaque côté de maigres jardins plantés
de bananiers protégés par des grilles contre le vandalisme
des élèves. (161) (6). Il s’interroge aussi sur
l’architecture et ce qu’elle induit nous invitant à la réflexion
: […] Une architecture un peu précieuse d’arcs brisés et
de mosaïques reculait devant la plénitude odorante du soleil.
(OC I, 968) (1).
En avril 1939, lors de son premier
voyage à Oran, Camus note dans ses Carnets : Un paysage peut être
beau sans être grand. Il peut même manquer la grandeur d’un
rien. C’est ainsi que la baie d’Alger manque la grandeur par excès
de beauté. Mers-el-Kébir vu de Santa Cruz, au contraire,
donne la mesure de la grandeur. (OC II, 876) (2).
La différence marquée
entre les deux villes, Camus la cultive. Elle alimente sa réflexion.
Avec lui, nous nous attarderons d'abord à Oran et Alger, deux villes
qu’il connaît bien : A première vue, Oran est, en effet, une
ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française
de la côte algérienne. (OC II, 35) (2).
[Oran] Voyez plutôt : Santa
Cruz ciselée dans le roc, les montagnes, la mer plate, le vent violent
et le soleil, les grandes grues du port, les trains des hangars,
les quais et les rampes gigantesques qui gravissent le rocher de la ville,
et dans la ville elle-même ces jeux et cet ennui, ce tumulte
et cette solitude. (II, 818) (5).
Et puis ce fut Alger, la lente
arrivée au matin, la cascade éblouissante de la Kasbah au-dessus
de la mer, les collines et le ciel, la baie aux bras tendus, les maisons
parmi les arbres et l’odeur déjà proche des quais.
(OC I, 1154 ) (1).
Le panorama, la vue générale,
bref la globalité, sont souvent la première approche d’une
ville et s’ils suffisent à l’appréhender, ils ne permettent
pas de la connaître, de la sentir, de la vivre. Pour cela il faut
plus de temps, plus de curiosité, plus d’intérêt surtout.
En fait, il faut changer d’échelle. Il faut s’approcher, s’immiscer,
se rendre disponible.
En 1941, Camus s’installe à
Oran, après avoir vécu à Alger. Il garde des amis
fidèles dans les deux villes et se déplace en permanence
de l’une à l’autre. Il joue, « humorise »
et utilise à dessein l’antagonisme des deux cités qu’il décrit
à de nombreuses reprises dans son œuvre : Leur rivalité est
d’autant plus forte qu’elle ne tient sans doute à rien. Ayant toutes
les raisons de s’aimer elles se détestent en proportion. (II,
821) (5).
I. Les textes de Camus proposent une visite d’Alger. Ainsi, du jeu de cubes blanc de la Kasbah. (OC I, 119) (1) qui domine le port, première impression de la ville, on arrive en prenant le bus jusqu’au terminus à la place du Gouvernement où les enfants descendaient. La place, encadrée d’arbres et de maisons à arcades sur trois côtés, ouvrait sur la mosquée blanche puis sur l’espace du port. Au milieu, s’élevait la statue caracolante du duc d’Orléans couverte de vert-de-gris sous le ciel éclatant. (197) (6). Et, pour peu que l’on prenne le temps de se promener, de déambuler, on découvre émerveillé un Alger plus secret que la main de l’homme a façonné avec amour : La paix qui descend du ciel est inquiétée par les maisons qui se bousculent jusque vers l’eau qu’elles heurtent sans transition. Leurs coups de coude creusent des rues, des impasses, des remous de terrasses qui grimacent des insultes au calme du soir. (OC I, 968) (1).
Dans Le Premier Homme, Alger tient
le premier rôle. Camus décrit la ville avec émotion
et précision : La rue Bab-Azoun débouchait pour finir
dans une grande place où, à gauche et à droite, s’élevaient
face à face le lycée et la caserne. (202) (6).
La grande poste se trouvait à
deux cents mètres sur un large boulevard qui montait du port jusqu’au
sommet des collines où la ville était construite. Sur ce
boulevard, Jacques retrouvait l’espace et la lumière. La poste elle-même,
installée à l’intérieur d’une immense rotonde, était
éclairée par trois grandes portes et une vaste coupole d’où
ruisselait la lumière. (245) (6).
Dans Le Minotaure au contraire,
c’est Oran qui est sur le devant de la scène. Avec humour et passion
Camus évoque la cité. L’opposition est nette, incisive.
Ici la main de l’homme ne s’approche pas du divin, elle ne cisèle
pas. Elle s’impose et torture les paysages. Elle provoque : Il est d’autres
monuments oranais. Ou du moins, il faut bien leur donner ce nom puisque
eux aussi témoignent pour leur ville, et de façon plus significative
peut-être. Ce sont les grands travaux qui recouvrent actuellement
la côte sur une dizaine de kilomètres. En principe, il s’agit
de transformer la plus lumineuse des baies en un port gigantesque. En fait,
c’est encore une occasion pour l’homme de se confronter avec la pierre.
(II, 826) (5).
[La Maison du Colon] Si l’on
en juge par l’édifice, ses vertus sont au nombre de trois : la hardiesse
dans le goût, l’amour de la violence, et le sens des synthèses
historiques. L’Egypte, Byzance et Munich ont collaboré à
la délicate construction d’une pâtisserie figurant une
énorme coupe renversée. (II, 825) (5).
Si comme l’écrit Camus
La cité elle-même on doit l’avouer est laide. (OC II, 35)
(2), elle n’en est pas pour autant dénuée de tout intérêt,
bien au contraire car […] cette application dans le mauvais goût
prend ici une allure baroque qui fait tout pardonner. (II, 815) (5) Oran
est différente, voilà tout : D’aspect tranquille, il faut
quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant
d’autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. (OC II,
35) (2). Cet aspect tranquille ne doit pas faire oublier que la ville
lutte pour s’imposer dans une nature hostile : Tout autour et au-dessus
de la ville, la nature brutale de l’Afrique est en effet parée de
ses brûlants prestiges. Elle fait éclater le décor
malencontreux dont on la couvre, elle pousse ses cris violents entre chaque
maison et au-dessus de tous les toits. (II, 819) (2).
Si Alger et Oran occupent une
place de choix parmi les villes décrites par Camus, elles ne sont
pas les seules à le bousculer et à l’émerveiller.
Dès 1936, Camus voyage en Europe, il aborde certains pays
de l’Est, l’autre rive de la Méditerranée et certains pays
du Nord.
Durant l’été 1936,
Camus entreprend son premier grand périple accompagné de
sa femme Simone et de son ami Yves Bourgeois. Ils visitent Innsbruck puis
Salzbourg. Mais le jeune couple connaît des difficultés
et Camus part seul à la découverte de Prague : J’arrivai
à Prague à six heures du soir. […] Je sortis de la gare,
marchai le long des jardins et me trouvai soudain jeté en pleine
avenue Wenceslas, bouillonnante de monde à cette heure. […]
et j’explorais la ville. (OC I, 55) (1). Il y séjourne
quatre jours, solitaire et déprimé. Il est dépaysé
et se sent mis en danger : Ville dont je ne sais pas lire les enseignes,
caractères étranges où rien de familier ne s’accroche,
sans amis à qui parler, sans divertissement enfin. (OC I,
57) (1).
A Prague, Camus n’est pas heureux.
La découverte de la ville se fait dans la douleur et la solitude
: Me voici sans parure. […] Je perdis pied. […] J’aurais pleuré
comme un enfant si quelqu’un m’avait ouvert ses bras. […] A Prague j’étouffais
entre des murs. (OC I, 57, 60, 62) (1).
Je me perdais dans les somptueuses
églises baroques, essayant d’y trouver une patrie, mais sortant
plus vide et désespéré de ce tête à tête
avec moi-même. […] Eglises, palais et musées, je tentais d’adoucir
mon angoisse dans toutes les œuvres d’art. (OC I, 57) (1).
Sur le chemin du retour,
en traversant l’Italie, Camus se sent revivre: J’entre en Italie. Terre
faite à mon âme. (OC I, 60) (1). Il découvre
Venise en compagnie de Simone, sa femme, et de leur ami commun
Yves Bourgeois « A Venise, rêve taillé dans la pierre,
la brique et l’eau, Bourgeois les mène au pas de charge place Saint-Marc.
» (118) (8). précise Olivier Todd. La rapidité
de la visite, l’épuisement du voyage et le plaisir de retrouver
l’Italie ne permettent pas à Camus de remarquer la décrépitude
de la ville qu’il notera cependant quelques années plus tard dans
ses Carnets : Cette chaleur molle et brûlante semblait ronger à
nu la ville de plus en plus décrépite, la splendeur écaillée
des palais, les campi brûlants, les fondations et les pieux d’amarrage
moisis, et Venise s’enfonçait un peu plus dans la lagune. (C3, 269)
(4).
L’été suivant,
il retourne en Italie, visite Pise et Florence : Je sais déjà
ce que j’attends. Après ce bondissement de vie, ce sera ce singulier
instant, les cafés fermés et le silence soudain revenu où
j’irai par des rues courtes et obscures par le centre de la ville.
L’Arno noir et doré, les monuments jaunes et verts, la ville déserte,
comment décrire ce subterfuge si soudain et si adroit par lequel
Pise à dix heures du soir se change en un décor étrange
de silence, d’eau et de pierres. (OC I, 130) (1).
A Florence, je montais tout en
haut du jardin Boboli, jusqu’à une terrasse d’où l’on découvrait
le Monte Oliveto et les hauteurs de la ville jusqu’à l’horizon.
(OCI, 135) (1).
Le jardin Boboli, Camus l’évoque comme le jardin d’Eden. Il y règne l’abondance, le merveilleux, la sensualité et l’innocence : A portée de ma main, au jardin Boboli, pendaient d’énormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais. (O C I, 137) (1).
Dès 1942, Camus, bloqué
par la guerre, ne peut rejoindre l’Algérie et Oran où se
trouve Francine, sa deuxième femme. Il s’installe en France. Invité
pour une tournée de conférences, il embarque pour les Etats-Unis
le 10 mars 1946 ; c’est son premier voyage sur le continent américain
et l’arrivée à New York ne peut laisser indifférent
un homme qui sort de cinq années de guerre : Nous remontons le port
de New York. Spectacle formidable malgré ou à cause de la
brume. L’ordre, la puissance, la force économique est là.
(28) (7).
Dans une lettre adressée
à Louis Germain son instituteur, en juin de la même année,
il évoque un grand pays fort et discipliné dans la liberté
(11) (7). En effet comment ne pas être impressionné par New
York quand on arrive d’une Europe profondément marquée par
la guerre et dont la plupart des villes portent une blessure ouverte. Souvenons-nous
que Paris, à ce moment-là, est une ville encore soumise aux
restrictions. Camus est éberlué. Une véritable débauche
de lumières évince la nuit et le surprend. Il utilise à
plusieurs reprises l’image du bûcher et de l’incendie pour
traduire son émotion : Le soir, traversant Broadway en taxi, fatigué
et fiévreux, je suis littéralement abasourdi par la foire
lumineuse. Je sors de cinq ans de nuit et cette orgie de lumières
violentes me donne pour la première fois l’impression d’un nouveau
continent …(31) (7).
Dans la nuit avec ses millions
de fenêtres éclairées, et ses grands pans noirs qui
portent ce clignotement à mi-hauteur du ciel, j’ai l’impression
d’un gigantesque incendie en voie d’achèvement qui dresserait devant
l’horizon des milliers d’immenses carcasses noires et farcies encore par
des points de combustion. (36) (7). Camus prend de nombreuses notes qu’il
consigne dans ses Carnets, elles attestent, d’une certaine manière,
de l’impact de ce séjour. Elles seront publiées dans Les
Journaux de voyage et donneront naissance à un très beau
texte, Pluies de New York : J’ai mes idées sur d’autres villes.
Mais de celle-ci je ne garde que ces émotions puissantes et fugitives,
une nostalgie impatientée, les instants du déchirement. Après
tant de mois, je ne sais rien de New York.
(OC II, 691) (2).
Au milieu de la nuit, quelquefois,
par-dessus les sky-scrapers, à travers des centaines de hauts murs,
un cri de remorqueur venait retrouver mon insomnie, et me rappeler que
ce désert de fer et de ciment était aussi une île.
Je retrouvais alors la mer, j’étais au bord de ma patrie. (OC II,
692) (2).
II. J’ai aimé New York,
de ce puissant amour qui vous laisse parfois plein d’incertitudes et de
détestation : il arrive qu’on ait besoin d’exil. (OC II, 693) (2).
New York sera à nouveau
évoquée en 1954 dans le récit La mer au plus près
qui fait partie du recueil L’Eté : J’étouffais alors, ma
panique allait crier. Mais à chaque fois, un appel lointain de remorqueur
venait me rappeler que cette ville, citerne sèche, était
une île, et qu’à la pointe de la Battery l’eau de mon baptême
m’attendait, noire et pourrie, couverte de lièges creux. (II, 880)
(5).
En 1954 et 1955, Camus habite
Paris mais il alterne les voyages dans des pays de brume et des pays de
soleil. Il découvre la Hollande et la Grèce, retourne en
Italie. C’est en octobre 1954 qu’il part pour la Hollande. Les notes qu’il
consigne dans ses Carnets à ce moment-là annoncent le récit
de La Chute : Comment prêcherait-il la justice, celui qui n’est même
pas arrivé à la faire régner sur sa vie ? (C3, 125)
(4). Amsterdam et Paris sont les deux villes de ce récit.
Deux villes dont Camus parle peu par ailleurs : Ferez-vous un long séjour
à Amsterdam ? Belle ville, n’est-ce pas ? Fascinante ? Voilà
un adjectif que je n’ai pas entendu depuis longtemps. (I, 1478) (9).
[Paris]J’étais monté
sur le pont des Arts, désert à cette heure, pour regarder
le fleuve qu’on devinait à peine dans la nuit maintenant venue.
Face au Vert-Galant, je dominais l’île. (I, 1495) (9).
En avril 1955, Camus découvre
la Grèce. L’ambiance des villes grecques est donc très présente
dans le cœur de Camus au moment où il écrit La Chute. Le
souvenir des cités établies d’une part sur la côte
de la Mer du Nord, d’autre part sur la côte de la Méditerranée
s’impose et s’oppose à la fois. Ainsi, le peuple d’Amsterdam semble
coincé dans un petit espace de maisons et d’eaux, cerné par
des brumes. (I, 1482)9 et la cité elle-même est un lieu où
l’innocence n’a pas véritablement sa place. Le contraste avec la
Grèce est grand : A propos, connaissez-vous la Grèce ? Non
? Tant mieux ! Qu’y ferions-nous, je vous le demande ? Il y faut des cœurs
purs. […] Avant de nous présenter dans les îles grecques,
il faudrait nous laver longuement. L’air y est chaste, la mer et la jouissance
claires. Et nous, …(I, 1525) (9).
Dans La Chute, Camus s’applique
à mentionner le paysage qu’il a découvert lors de son voyage
en Hollande. Tout au long du récit, il décrit des ambiances
mais aussi des villes, des rues et des lieux précis tel le café
Mexico-City, la maison du vendeur d’esclaves etc. : Son métier consiste
à recevoir des marins de toutes les nationalités dans ce
bar d’Amsterdam qu’il a appelé d’ailleurs, on ne sait pourquoi,
Mexico-City. (I, 1477) (9)
Mais le passé du héros
de La Chute se situe à Paris, ville que Camus évoque régulièrement
par touches brèves, toujours de manière furtive, comme dans
L’Etranger ou La Peste : [L’Etranger] et Marie m’a dit qu’elle aimerait
connaître Paris. Je lui ai appris que j’y avais vécu dans
un temps et elle m’a demandé comment c’était. Je lui ai dit
: « C’est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens
ont la peau blanche. » (OC I, 165) (1)
[La Peste] Les images qui
lui étaient le plus difficiles à porter alors, du moins selon
ce qu’il en disait à Rieux, étaient celles de Paris. Un paysage
de vieilles pierres et d’eaux, les pigeons du Palais-Royal, la gare du
Nord, les quartiers déserts du Panthéon, et quelques autres
lieux d’une ville qu’il ne savait pas avoir tant aimée poursuivaient
alors Rambert et l’empêchaient de rien faire de précis. (OC
II, 109) (2).
En novembre 1954, entre son voyage
en Hollande et son voyage en Grèce, c’est l’Italie que parcourt
Camus pour une tournée de conférences. Il y fait plusieurs
haltes et séjourne d’abord à Turin et Gènes
: Longue promenade sur les collines de Turin. Tout autour dans le ciel
les Alpes neigeuses surgissent et disparaissent dans le brouillard. L’air
est frais, humide, parfumé d’automne. (C3, 133) (4).
Pour Camus, Turin est avant tout une des dernières étapes
de la vie de Nietzsche et les pensées du philosophe allemand l’accompagnent
: J’aime les grandes rues dallées et espacées. Ville bâtie
d’espace autant que de murs. Je vais voir la maison du 6 via Carlo Alberto
où Nietzsche a travaillé puis sombré dans la folie.
(C3, 132) (4).
Pendant ce voyage il découvre
Rome, ville ensoleillée, engageante, qui semble le rassurer parce
que l’ordre n’y règne pas en maître : Après tant d’années
d’une ville sans lumière, de levers dans le brouillard, parmi les
murs, je me nourris sans cesse de cette ligne d’arbres et de ciels qui
va de la Porta Pinciana à la Trinidà dei Monti et derrière
laquelle Rome roule ses coupoles et son désordre. (C3, 137)
(4).
Rome pèse ainsi, mais
d’un poids sensible et léger, on la porte sur le cœur comme un corps
de fontaines, de jardins et de coupoles, on respire sous elle, un peu oppressé,
mais étrangement heureux. Cette ville relativement petite mais dont
les perspectives aériennes éclatent parfois au détour
d’une rue, cet espace sensible et borné respire ensemble avec le
voyageur et vit avec lui. (C3, 137) (4).
Camus est attentif à
l’architecture, à l’intégration de celle-ci dans la nature,
à ce qu’elle dégage. A Rome, il est frappé par le
fait que la ville alterne les espaces ouverts des nombreuses places
et les espaces resserrés des ruelles : Places de Rome. Piazza
Navona. Sant’Ignacio et les autres. Elles sont jaunes. La vasque des fontaines
est un peu rose sous le jaillissement baroque de l’eau et des pierres.
(C3, 138) (4).
Tristesse de Rome aussi avec
ses rues trop hautes et trop tendues. C’est pourquoi les places y sont
si belles, elles délivrent, le baroque triomphe alors du romain.
(C3, 147) (4).
Pour Camus, l’architecture est
une notion familière. Et après tout, la réflexion
d'un auteur sur la structure de son œuvre littéraire est peut-être
plus proche qu'il n'y paraît de la réflexion de l'architecte
sur la structure du bâtiment qu'il élabore. Parmi ses amis,
Camus compte quelques architectes dont Louis Miquel et Jean de Maisonseul.
Avec eux, il visite des chantiers, réfléchit à leurs
implantations.
En février 1955, après
le
tremblement de terre qui détruit Orléansville, il visite
le chantier de reconstruction avec Jean de Maisonseul. Il observe à
ce moment-là : La jeune équipe d’architectes qui échappent
à l’accablement parce qu’ils voient cette ville dans l’avenir. (C3,
155) (4). Sensible aux conséquences que les chantiers
entraînent, Camus ne peut se départir d’une certaine nostalgie
: J’avais toujours su que les ruines de Tipasa étaient plus jeunes
que nos chantiers ou nos décombres. Le monde y recommençait
tous les jours dans une lumière toujours neuve. (II, 874)
(5). Il perçoit, au-delà de la performance, le prix humain
des grandes réalisations et des projets titanesques : C’est une
étrange et insupportable certitude que de savoir que la beauté
monumentale suppose toujours une servitude, qu’elle est pourtant la beauté
et qu’on ne peut pas ne pas vouloir la beauté et on ne peut vouloir
la servitude ; la servitude n’en reste pas moins inacceptable. Peut-être
est-ce pour cela que je mets au-dessus de tout la beauté d’un paysage,
elle n’est payée d’aucune injustice et mon cœur y est libre.
(C3, 138) (4).
Avec la fin de la guerre, vient
le temps de la reconstruction. Les villes voient peu à peu
leur développement s’intensifier. L’extension se fait tentaculaire
jusqu’à inverser le processus comme le fait remarquer Lewis Mumford
quand il dit : « Autrefois les cités formaient de petits îlots
dans l’immense surface des terrains agraires ; mais de nos jours, de plus
en plus les terres cultivées apparaissent comme des îlots
de verdure, entourés d’une marée montante d’asphalte, de
brique ; de ciment et de pierre, qui couvre les sites, ou les rend impropres
à tout autre usage que celui de futurs terrains à bâtir.
» (659) (10). Face à cet engouement Camus s’inquiète
: Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté.
[…] Nous vivons ainsi le temps des grandes villes. Délibérément,
le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence.
La nature, la mer, la colline, la méditation des soirs. (II,
854) (5). New York, avec son gigantisme et sa prétention,
tout comme les grands chantiers d’Oran, alimentent son propos : [New York]
Huit millions d’hommes, l’odeur de fer et de ciment, la folie des constructeurs,
et cependant l’extrême pointe de la solitude. (OC II, 690) (2).
[Oran] L’homme, au milieu de
ce chantier, attaque la pierre de front. Et si l’on pouvait oublier, un
instant au moins, le dur esclavage qui rend possible ce travail, il faudrait
admirer. Ces pierres, arrachées à la montagne, servent l’homme
dans ses desseins. Elles s’accumulent sous les premières vagues,
émergent peu à peu et s’ordonnent enfin suivant une jetée,
bientôt couverte d’hommes et de machines, qui avancent, jour après
jour, vers le large. Sans désemparer, d’énormes mâchoires
d’acier fouillent le ventre de la falaise, tournent sur elles-mêmes,
et viennent dégorger dans l’eau leur trop-plein de pierrailles.
(II, 827) (5).
Charles Edouard Jeanneret dit
Le Corbusier est un des maîtres de l’architecture moderne. Dans les
années 1940, il cherche une solution architecturale. Il propose
comme base de travail le Modulor, système basé sur la section
d’or qu’il établit dans les années quarante. Il le
mettra en œuvre dans la période d’après guerre, à
un moment où la reconstruction est une priorité évidente.
Le Corbusier utilisera le Modulor dans la construction d’unités
d’habitation dont La Cité Radieuse de Marseille (11). Camus ne peut
rester insensible à une démarche qui met la mesure humaine
au centre de l’édification de nouveaux bâtiments comme le
faisaient les constructeurs des cathédrales. Il écrit un
texte en hommage à ce célèbre architecte pour soutenir
sa démarche, notamment lors de la réalisation de La Cité
Radieuse dont les travaux commencés en 1947 s’achèvent en
1952 : La cité est bâtie en ciment brut qui, au contraire
du béton, retient la lumière. Le constructeur moderne retrouve
ainsi en allant de l’avant, l’antique pierre des bâtisseurs. [Le
bâtiment de La Cité Radieuse] Tel un prototype, image que
Le Corbusier propose à l’avenir, et qu’il a bâti à
la taille de l’homme, grâce à une mesure qu’il invente et
qu’il appelle modulor. (12).
La ville est le résultat
d’un regroupement humain. Sa construction est due à la volonté
des âmes qui l’habitent. Evoquer la cité sans parler
des hommes donnerait une image rétrécie ou inanimée
car : Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est
de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt.
(OC II, 35) (5). L’activité humaine en effet est une condition
intrinsèque à la vie de la cité. Camus, là
encore, observe, décrit les hommes au travail comme dans les loisirs.
A l’inverse, pour dire la richesse des émotions et des sentiments
que la ville peut réveiller en l’homme, il utilise la métaphore.
La ville se fait alors île, labyrinthe, nécropole, bûcher,
énigme, mémoire, arène ou corps : Cadix enfin comme
une arène noire et rouge où vont s’accomplir les meurtres
rituels. (OC II, 321) (2).
[Tipasa] est aujourd’hui mon
personnage et il me semble qu’à le caresser et le décrire,
mon ivresse n’aura plus de fin. (OC I, 109) (1)
L’agitation, la rumeur d’une
ville comme celle d’Alger n’échappe pas à Charles Brouty
qui fixe en croquis extraordinairement vivants la vie quotidienne du peuple
de Bab el Oued et de la Marine (13). Dans Le Premier Homme, c’est
avec les mots que Camus peint la vie quotidienne d’Alger et il la fait
vibrer comme Brouty fait vibrer ses dessins : […] et ils filaient le long
des entrepôts du boulevard Thiers, encaissaient en pleine figure
l’odeur d’oranges qui sortaient de l’usine […] et débouchaient enfin
sur la rue Aumerat grouillante d’une foule enfantine qui, au milieu des
conversations des uns et des autres, attendait l’ouverture des portes.
(136) (6).
Tout au long des arcades, les
boutiques des commerçants se succédaient, marchands de tissus
en gros dont les façades étaient peintes de tons sombres
et dont les piles de tissu clair reluisaient doucement dans l’ombre, épiceries
qui sentaient la girofle et le café, petites échoppes où
des marchands arabes vendaient des pâtisseries ruisselantes d’huile
et de miel, cafés obscurs et profonds où les percolateurs
fusaient à cette heure-là […] (197) (6).
Les héros de ces descriptions,
ce sont les gens simples qui font l’âme de la cité : les travailleurs
et les oisifs, les femmes et les enfants, les jeunes et les vieillards.
Camus remarque cependant que chaque corps de métier s’exerce dans
un périmètre bien déterminé dont il n’est pas
si simple de s’affranchir. : A chaque arrêt, le tram se vidait
d’une partie de son chargement d’ouvriers arabes et français, se
chargeait d’une clientèle mieux habillée à mesure
qu’on allait vers le centre. (196) (6). Pour aller au lycée,
le jeune Camus quitte son quartier et traverse toute la baie d’Alger.
Bien souvent, il ressent ce parcours comme un exil. Pour en parler,
il emploie les termes de séparation, d’ailleurs, de transplantation.
Si bien que, leur journée finie, les deux enfants sentaient leur
séparation à la porte même du lycée, ou, à
peine plus loin, sur la place du Gouvernement, lorsque, quittant le groupe
joyeux de leurs camarades, ils se dirigeaient vers les voitures rouges
à destination des quartiers les plus pauvres. Et c’était
bien leur séparation qu’ils sentaient, non leur infériorité.
Ils étaient d’ailleurs, voilà tout. (204) (6).
Camus attire notre attention
sur un fait : l’appartenance à un quartier, à un milieu,
n’est pas sans conséquences pour l’homme. Cela peut induire un comportement
mais aussi une transformation physique : Là, il se séparait
pour la première fois de Pierre qui ne jouait pas, bien qu’il fût
naturellement adroit : il devenait plus fragile, grandissant plus vite
que Jacques, devenant plus blond aussi, comme si la transplantation lui
réussissait moins. (243) (6).
Pourtant, le métissage,
résultat de cette transplantation permanente des hommes qui, de
tous les temps, se sont autorisés à quitter le lieu de leur
origine, donne aux villes leur richesse, cette allure universelle, et ce
mouvement permanent qui participe de la vie. Camus ne manque pas de le
remarquer à Alger où il habite : Et d’abord la jeunesse y
est belle. Les Arabes, naturellement, et puis les autres. Les Français
d’Algérie sont une race bâtarde, faite de mélanges
imprévus. Espagnols, et Alsaciens, Italiens, Maltais, Juifs, Grecs
enfin s’y sont rencontrés. Ces croisements brutaux ont donné,
comme en Amérique, d’heureux résultats. (II, 848) (5).
Comme il le note dans ses Carnets
en été 49 lors de son voyage en Amérique du Sud :
Le long des maisons, une foule bigarrée de gauchos, de Japonais,
d’Indiens métis et de notables élégants, dont les
complets sombres paraissaient ici exotiques, circulaient à petits
pas, avec des gestes lents. (152) (7).
Comme on l’a vu, Camus est attentif
aux hommes qui font la cité. Il note leurs origines, leurs déplacements,
leurs lieux d’habitation. Dans ce contexte, on comprendra qu’il s’attarde
à peindre certains métiers qu’il a mieux connus ou qui l’ont
marqué ainsi que les loisirs partagés. Sans cela, le tableau
ne serait pas complet.
Issu d’un milieu très
simple, Camus observe les ouvriers et les travailleurs qu’il côtoie
dans son quartier ou au port. Dans le milieu où il vit, on prend
contact très tôt avec le monde du travail. Tous les
jeudis, en effet, le jeune Camus aide son oncle Etienne qui est ouvrier
tonnelier : Il ne refusait pas le travail, bien que rien ne remplaçât
pour lui la mer et les jeux de Kouba. Mais le vrai travail pour lui était
celui de la tonnellerie par exemple, un long effort musculaire, une suite
de gestes adroits et précis, des mains dures et légères,
et on voyait apparaître le résultat de ses efforts : un baril
neuf, bien fini, sans une fissure, et que l’ouvrier alors pouvait contempler.
(246) (6). Ainsi, il s’attarde à peindre les ouvriers, les
dockers, les cireurs de chaussures, les conducteurs de tram. Bref, de nombreux
travailleurs qu’il croise quotidiennement : Il pensait à ces soirs
sur Alger où monte dans le ciel vert le bruit des hommes sortant
des fabriques à l’appel des sirènes. (OC I, 1192) (2).
Pendus le long d’une même
corde contre le flanc de la falaise, des dizaines d’hommes, le ventre appuyé
aux poignées des défonceuses automatiques, tressaillent dans
le vide à longueur de journées. (II, 827) (5).
Sur les vastes quais, le soleil
faisait le vide, sauf autour des bateaux qui venaient d’accoster, le flanc
contre le quai, et autour desquels s’agitaient les dockers, vêtus
d’un pantalon bleu retroussé au mollet, le torse nu et bronzé,
et sur la tête un sac qui recouvrait les épaules jusqu’aux
reins et sur lequel ils chargeaient les sacs de ciment, de charbon
ou les colis à l’arête tranchante. Ils allaient et venaient
sur la passerelle qui descendait du pont sur le quai ou bien entraient
directement dans le ventre du cargo par la porte grande ouverte de la cale.
(249) (6).
Les rues d’Oran nous renseignent
enfin sur les deux plaisirs essentiels de la jeunesse locale : se faire
cirer les souliers et promener ces mêmes souliers sur le boulevard.
[…] Juché sur de hauts fauteuils, on pourra goûter alors
cette satisfaction particulière que donne, même à un
profane, le spectacle d’hommes amoureux de leur métier comme le
sont visiblement les cireurs oranais. (II, 816) (5).
Les conducteurs , qui seuls avaient
le droit de manier ce levier, à qui un écriteau placé
au-dessus d’eux interdisait de parler, jouissaient auprès des deux
enfants du prestige des demi-dieux. Ils portaient un uniforme presque militaire
et une casquette à visière de cuir bouilli, sauf les conducteurs
arabes qui portaient une chechia. (194) (6).
Aux Etats-Unis, Camus en traversant
New York constate avec étonnement que les travailleurs manuels portent
des gants : Ce sont des détails qui me frappent : que les ramasseurs
d’ordures portent des gants, […] (29) (7). Ce détail devait
être significatif car il est jugé suffisamment intéressant
pour faire l’objet d’une photo pleine page dans un livre des années
30 intitulé New York aux sept couleurs. La légende
de la photo précise « Ouvrier américain travaillant
avec ses gants. » (Pl. IX) (14). Afin de protéger
l’homme, la modernité introduit dans les métiers manuels
l’usage des gants exclusivement réservé jusqu’alors
aux aristocrates et aux riches. Elle crée ainsi une césure
entre la main et l’objet, qui préfigure une nouvelle époque
dans laquelle les liens millénaires tissés entre l’homme,
l’outil et la matière se brisent.
L'évocation des hommes
à travers le labeur permet de mesurer la manière dont ils
vivent. Elle est cependant incomplète et inexacte si elle se contente
de décrire le travail sans aborder les loisirs. Et Camus n’y manque
pas, car comme l’écrit René-Jean Clot « nous jouions
ferme dans l’Alger heureux des années de 1935-1936 » (30)
(15) : Devant une petite baraque au parfum de vernis et d’anisette, des
hommes buvaient et des acrobates arabes en maillot rouge sur les dalles
brûlantes tournaient et retournaient leurs corps devant la mer où
bondissait la lumière. Sans les regarder, les dockers portant les
sacs s’engageaient sur les deux planches élastiques qui montaient
du quai sur le pont des cargos. (OC I, 1108) (2).
Dans cet extrait de La Mort heureuse,
les hommes se côtoient, se croisent, mais ne se voient pas. On passe
en un coup d’œil des corps au repos des hommes qui se désaltèrent
aux corps disciplinés jusqu’à en souffrir des acrobates pour
s’arrêter sur les corps fourbus des dockers. Et puis nous voilà
projeté dans le monde des loisirs. Camus évoque les
plaisirs sportifs, le cinéma, les dancings, les banquets : Avec
les mordus du football, il se précipitait dans la cour cimentée,
encadrée sur les côtés d’arcades à gros piliers
(sous lesquelles les forts en thèmes et les sages se promenaient
en bavardant), … courant éperdument la balle au pied, pour éviter
l’un après l’autre un arbre et un adversaire, il se sentait le roi
de la cour et de la vie. (205) (6).
J’ai pris le tram pour aller
à l’établissement de bain du port. Là, j’ai plongé
dans la passe. […]
Nous sommes restés longtemps
sur la bouée, à moitié endormis. Quand le soleil est
devenu trop fort, elle a plongé et je l’ai suivie. Je l’ai rattrapée,
j’ai passé ma main autour de sa taille et nous avons nagé
ensemble. (OC I, 151) (1).
A la plage Padovani, le dancing
est ouvert tous les jours. Et dans cette immense boîte rectangulaire
ouverte sur la mer dans toute sa longueur, la jeunesse pauvre du quartier
danse jusqu’au soir. (OC I, 120) (1).
Une société de
boulomanes et les banquets des «amicales», le cinéma
à trois francs et les fêtes communales suffisent depuis des
années à la récréation des plus de trente ans.
(OC I, 122) (1).
Faire le portrait d’un homme
n’est pas chose facile, et il est tout aussi difficile de décrire
une cité, corps mouvant, insaisissable ; « à l’origine,
c’est un noyau social infime, puis elle connaît les étapes
complexes de la maturité, enfin elle vieillit, elle s’effrite. Ses
origines sont obscures. » (9) (10) explique Lewis Mumford. Quant
à Camus, voici ce qu’il dit de Djémila : Des hommes et des
sociétés se sont succédé là ; des conquérants
ont marqué ce pays avec leur civilisation de sous-officiers. Ils
se faisaient une idée basse et ridicule de la grandeur et mesuraient
celle de leur Empire à la surface qu’il couvrait. Le miracle, c’est
que les ruines de leur civilisation soient la négation même
de leur idéal. (OC II, 115) (5).
Si l’on met en parallèle
New York et Djémila ou Mycènes, ce sont, à première
vue, des villes que tout oppose. La première, en effet, est une
cité récente qui vit et se développe dans le présent.
Les deux autres s’inscrivent dans plusieurs strates d’histoire et leur
présent n’est dû qu’à leur passé.
Dans les textes de Camus, New
York et Djémila ébranlent tout autant l’homme. Elles dégagent
toutes deux une présence et une puissance qui s’imposent avec force
: C’est ainsi pour finir que je porte New-York en moi, comme on véhicule
dans l’œil un corps étranger, insupportable et délicieux,
avec des pleurs d’attendrissement et des rages à tout nier.
Peut-être est-ce là
ce que l’on appelle la passion. (OC II, 692) (2).
Et, je ne sais pourquoi, devant
ce paysage raviné, devant ce cri de pierre lugubre et solennel,
Djémila, inhumaine dans la chute du soleil, devant cette mort de
l’espoir et des couleurs […] (OC I, 114) (1).
Ce grand cri de pierres que Djémila
jette entre les montagnes, le ciel et le silence, j’en sais bien la poésie
: lucidité, indifférence, les vrais visages du désespoir
ou de la beauté. (OC I, 115) (1). Cette similitude autorise-t-elle
à envisager New York comme une projection du passé glorieux
de cités telles que Djémila ou Mycènes et inversement
Djémila ou Mycènes comme le futur inévitable de mégapoles
telles que New York ? Cette réflexion nous conduit à méditer
l’interrogation de Lewis Mumford ? « Entre l’Utopie et la Nécropole,
nous reste-t-il encore un choix […] ? » (9) (10). : [NewYork]
Dans la brume grise, les gratte-ciel devenus blanchâtres se dressent
comme les gigantesques sépulcres d’une ville de morts, et semblent
vaciller un peu sur leurs bases. (OC II, 690) (2.)
[Djémila] Lorsque surgit
enfin sur un plateau aux couleurs éteintes, enfoncé entre
de hautes montagnes, son squelette jaunâtre comme une forêt
d’ossements, Djémila figure alors le symbole de cette leçon
d’amour et de patience qui peut seule nous conduire au cœur battant du
monde. (OC I, 111) (1).
[Mycènes] Du haut de la
forteresse la plaine jusqu’à Argos et la mer. Le royaume d'Agamemnon
n'a pas plus de dix kilomètres et cependant les proportions en sont
telles que jamais plus vaste royaume ne s’est étendu sous le soleil.
Mycènes ruinée entre ses deux hauts rochers, ceinturée
d’énormes blocs, sous une lumière qui devient ici terrible,
est aujourd’hui la reine farouche de cette terre inoubliable. (C3, 163)
(4).
Grâce à ce qu’elle
conserve, accumule, mêle, croise et entrecroise, la ville est mémoire
« par ses édifices et ses institutions, par l’art et la littérature
qui sont mieux encore à l’épreuve du temps, la cité
unit en une trame continue le passé, le présent et l’avenir.
» (131) (10). Sa mémoire la nourrit. C’est bien ce que fait
remarquer Camus quand il écrit : Paris est souvent un désert
pour le cœur, mais à certaines heures, du haut du Père-Lachaise,
souffle un vent de révolution qui remplit soudain ce désert
de drapeaux et de grandeurs vaincues.
Les villes que l’Europe nous
offre sont trop pleines des rumeurs du passé. Une oreille exercée
peut y percevoir des bruits d’ailes, une palpitation d’âmes. On y
sent le vertige des siècles, des révolutions, de la gloire.
On s’y souvient que l’Occident s’est forgé dans les clameurs. Cela
ne fait pas assez de silence. (II, 813) (5).
Une terrible rumeur montait alors
des pierres et des toits. Dans le ciel tranquille de Paris, elle rejoignait
enfin l’interminable vocifération de l’Histoire. (16).
D’autre part, avec ses artères
et sa circulation, son centre et sa périphérie, ses angles
et ses courbes, ses esplanades et ses recoins, la ville et son évolution
peuvent se percevoir comme un corps humain. Et comme tout être
humain, la ville respire, bouge, grandit, aime. On retrouve souvent ce
rapprochement dans les textes de Camus : La lumière de Rome est
ronde au contraire, luisante et souple. Elle fait penser à des corps,
à l’opulence des chairs heureuses, à la vie réussie.
(C3, 140) (4).
[Alger] […] la baie aux bras
tendus […] (OC I, 1154) (1).
[Oran] Et la ville respira.
(OC II, 45) (2).
[Turin et Nietzsche] Je le rencontre
mieux dans la ville dont je comprends, malgré le ciel bas, qu’il
l’ait aimée et pourquoi il l’a aimée. (C3, 132) (4).
Récemment, à l’occasion d’une exposition intitulée L’homme paysage, présentée à Lille, la revue Sciences Humaines a montré une réalisation du début des années 1970 par l’architecte Ricardo Porro. Il s'agit de la maquette d’un village de vacances en forme de corps humain. La même revue cite un extrait de texte de François Roustang qui semble faire écho à la pensée de Camus : « Vous êtes l’une des terminaisons nerveuses de ce corps qui est une ville, vous êtes au creux de cet entrelacs d’une multitude d’impulsions, et vous en percevez l’énergie, la substance, vous vivez la croissance de ce corps qui est une ville comme un prolongement de votre corporalité… » (14) (17).
Ouverture et enfermement, l’image
même de la ville s’inscrit dans cette perception chez Camus.
L’enceinte, l’île, la muraille, la cage, la cloche, la ceinture,
la prison, le labyrinthe sont autant de mots qu’il utilise pour en parler
: [Oran] Cette ville déserte, blanchie de poussière, saturée
d’odeurs marines, toutes sonores des cris du vent, gémissait alors
comme une île malheureuse. (OC II, 150) (2).
La pluie verticale et lourde
d’Alger. Incessante. Dans une cage. (C3, 219) (4).
Le soir dîner avec L. M.
Du haut du Plaza, j’admire l’île couverte de ses monstres de pierre
(36) (7).
[…] et New-York redevient la
grande ville, prison le jour, bûcher la nuit (OC II, 691) (2).
Gardhaïa et les villes saintes
dans leur ceinture de collines vertes ocrées, elles-mêmes
bardées de murailles rouges. (C3, 69-70) (4).
L’homme doit découvrir, conquérir le cheminement qui le conduira vers l’issue du labyrinthe que représente la ville : A New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de pierre et d’acier où errent des millions d’hommes, je courais de l’un à l’autre, sans en voir la fin, épuisé, jusqu’à ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. (II, 879) (5).
Le labyrinthe annonce quelque
chose de sacré qui ne s’atteint qu’au terme d’une initiation. Camus,
d’ailleurs, emploie le terme d’initié dans le Minotaure. Le centre,
l’axe à trouver est mouvement de l’un vers le multiple, de l’intérieur
vers l’extérieur, de soi vers le monde et inversement. Dans cette
perspective Camus fait une proposition : utiliser le Mythe comme référence,
comme appui, comme aide à la réflexion : [Oran] Voilà,
peut-être, le fil d’Ariane de cette ville somnambule et frénétique.
On y apprend les vertus, toutes provisoires, d’un certain ennui. Pour être
épargné, il faut dire « oui » au Minotaure. C’est
une vieille et féconde sagesse. (II, 831) (5).
En octobre 1941, Camus commence
l’écriture du Minotaure dans lequel il fait ouvertement référence
au mythe, contrairement à d’autres de ses textes comme L’Etranger
où « Ces mythes peuvent ne pas apparaître tout
de suite dans une forme déterminée ; ils peuvent se
montrer diffus, projetant sur l’œuvre entière une clarté
sourde, […] » (86) (18). : Mais vous ne pouvez croire l’isolement
que l’on trouve à Oran. C’est un labyrinthe fauve et brûlant.
Au détour de chaque rue les Oranais trouvent leur Minotaure : c’est
l’ennui. (59) (3).
Oran est un grand mur circulaire
et jaune, recouvert d’un ciel dur. Au début, on erre dans le labyrinthe,
on cherche la mer comme le signe d’Ariane. (II, 818) (5).
L’image du labyrinthe si elle
jalonne le récit du Minotaure ne connote pas la seule ville d’Oran.
Camus, en effet, reprend cette image à plusieurs reprises et notamment
pour les villes d’Alger et New York : [Alger] A travers les semaines et
les mois, le soleil, de plus en plus fixe, de plus en plus chaud, avait
séché, puis desséché, puis torréfié
les murs, broyé les enduits, les pierres et les tuiles en une fine
poussière qui, au hasard des vents, avait recouvert les rues, les
devantures des magasins et les feuilles de tous les arbres. Le quartier
entier devenait alors, en juillet, comme une sorte de labyrinthe gris et
jaune, […] (237) (10).
[New York] Impression d’être
pris au piège de cette ville et que je pourrais me délivrer
des blocs qui m’entourent et courir pendant des heures sans rien retrouver
que de nouvelles prisons de ciment, sans l’espoir d’une colline, d’un arbre
vrai ou d’un visage bouleversé. (49) (7).
Venise et Amsterdam corroborent
elles aussi l’idée de la ville fermée, secrète, repliée
sur elle-même, villes qui induisent une difficulté respiratoire
et l’on sait combien cela est significatif pour un homme atteint de tuberculose.
Camus pour en parler utilise des termes forts tels que piège,
sans issue, cercles de l’enfer : Venise était toujours cernée,
pendant que, nous cherchions seulement à respirer une fois de plus,
[…]
La chaleur lourde et morte comme
une énorme éponge écrasait la lagune, coupait la retraite
du côté du Pont de la Liberté et, installée
au-dessus de la ville, pesait sur elle, obstruant les issues des rues et
des canaux, remplissant tout l’espace libre entre les maisons rapprochées.
Nulle porte de sortie, nulle échappée, un piège de
chaleur où il fallait vivre et tourner en rond. (C3, 269)
(4).
La Hollande est un songe, monsieur,
un songe d’or et de fumée, plus fumeux le jour, plus doré
la nuit, et nuit et jour ce songe est peuplé de Lohengrin comme
ceux-ci, filant rêveusement sur les noires bicyclettes à hauts
guidons, cygnes funèbres qui tournent sans trêve dans tout
le pays, autour des mers, le long des canaux. Ils rêvent, la tête
dans leurs nuées cuivrées, ils roulent en rond, ils prient,
somnambules, dans l’encens doré de la brume, ils ne sont plus là.
(I, 1482) (5).
Dans son commentaire sur La Chute,
Denis Merle remarque : « Dans Amsterdam aux canaux concentriques
sans issue, puisque circulaires, Clamence mène son interlocuteur,
en suivant un itinéraire symbolique de la même manière
que le poète latin Virgile dans La Divine Comédie guide
Dante à travers l’enfer » (7) (19). En effet il semble
plausible de souscrire à cette hypothèse en écoutant
Clamence dire : Avez-vous remarqué que les canaux concentriques
d’Amsterdam ressemblent aux cercles de l’enfer ? L’enfer bourgeois naturellement
peuplé de mauvais rêves. (I, 1483) (5).
Maurice Weyembergh note à
ce propos que « l’obsession du clos a sensibilisé Camus
aux camps et au totalitarisme des sociétés qui les produisent
et qu’il les a perçus comme la réalisation la plus achevée
de l’enfermement » (190) (20). Camus « n’a pas reculé
devant la comparaison entre les sociétés et les camps nazis
et soviétiques » (192) (20) et s’il rapproche les camps
de concentration conçus par l’homme d’une catastrophe naturelle
comme celle qu’a connue Pompéi au premier siècle de notre
ère, n’est-ce pas parce que dans les deux cas les victimes
sont des innocents ? : Au retour de ce Buchenwald précieux qu’est
Pompei, goût de cendre et de fatigue aussi grandissante. (C3, 146)
(5).
Au fil des textes de Camus, nous
avons porté notre regard sur divers aspects de l’architecture, regard
panoramique ou description précise d'un bâtiment, construction
harmonieuse ou prétentieuse ; conglomérat d’influences et
de styles prenant appui sur le passé ou se projetant dans le futur.
Nous avons regardé l’homme se mouvoir dans ces cités, dans
le labeur comme dans les loisirs. Enfin nous avons choisi quelques métaphores
récurrentes dans l’œuvre pour évoquer la ville. Métaphores
qui donnent à réfléchir sur l’évolution de
la forme que l’homme donne à la cité sachant que celle-ci
le modèlera à son tour. Alors, quand Lewis Mumford écrit
: « Parvenus à la période moderne, nous constaterons
que la société urbaine est placée devant un choix
crucial. […] Il appartient [aux hommes] en fait de diriger leurs efforts
vers l’accomplissement de la plus profonde valeur humaine ; ou sinon, de
subir l’automatisme des forces qu’ils ont eux-mêmes déclenchées
[…] entraînant la disparition progressive des sentiments, des émotions,
de l’audace créatrice et, en fin de compte, de la conscience.»
(10) (10). Ces réflexions font écho à la pensée
de Camus quand il écrit : Prisonnier de son royaume, la ville stérile
sculptée dans une montagne de sel, séparée de la nature,
privée des floraisons fugitives et rares du désert,
soustraite à ces hasards ou ces tendresses, […] la ville de l’ordre
enfin, angles droits, chambres carrées, hommes roides, je m’en fis
librement le citoyen haineux et torturé, je reniai la longue histoire
qu’on m’a enseignée. (II, 1589) (5)
Mais l’innocence a besoin du
sable et des pierres. Et l’homme a désappris d’y vivre. Il faut
le croire du moins, puisqu’il s’est retranché dans cette ville singulière
où dort l’ennui. Cependant c’est cette confrontation qui fait le
prix d’Oran. (II, 829) (5)
Ainsi, les parcours ébauchés
avec Camus dans les villes où il a vécu, voyagé, séjourné,
permettent de définir une "géographie camusienne". L’impact
physique que produit cette géographie ouvre à l’homme un
champ philosophique. La cité est énigme, elle cache un fil
d’Ariane qui invite à s’interroger sur un positionnement personnel
entre exil et osmose, passé et futur, mémoire et amnésie
pour s’inscrire dans le présent et il faut y apprendre peu à
peu à se redresser et à voir. (C3, 137) (5) pour trouver
la juste mesure, cette admirable volonté de ne rien séparer
ni exclure qui a toujours réconcilié et réconciliera
encore le cœur douloureux des hommes et les printemps du monde. (II, 844)
(5). Sinon, nous n’aurons d’autres choix que de rallier
la mer avec les insurgés : O vague, ô mer, patrie des insurgés,
voici ton peuple qui ne cédera jamais. La grande lame de fond, nourrie
dans l’amertume des eaux, emportera vos cités horribles. (OC
II, 366) (2).
Marcelle Mahasela (21)
Notes :
1. Albert Camus.
Œuvres complètes I, 1931-1944 . Edition publiée sous la direction
de Jacqueline Levi-Valensi Paris : Gallimard, 2006. (Bibliothèque
de la Pléiade)
2. Albert Camus.
Œuvres complètes II, 1944-1948. Edition publiée sous la direction
de Jacqueline Levi-Valensi Paris : Gallimard, 2006. (Bibliothèque
de la Pléiade)
3. Albert Camus
- Jean Grenier. Correspondance, 1932-1960. Paris : Gallimard, 1981
4. Albert Camus.
Carnets III, mars 1951-décembre 1959. Paris : Gallimard, 1989.
5. Albert Camus.
Essais II. Introduction par Roger Quilliot. Edition établie et annotée
par Roger Quilliot Paris : Gallimard, 2000. (Bibliothèque
de la Pléiade)
6. Albert Camus.
Le Premier Homme. Paris : Gallimard, 1994. (Cahiers Albert Camus, 7)
7. Albert Camus.
Journaux de voyage. Présentation et notes de Roger Quilliot Paris
: Gallimard, 1978 ge (il doit manquer quelque chose dans cette note...)
8. Olivier Todd.
Albert Camus, une vie. Gallimard, 1996.
9. Albert Camus.
Théâtre, récits, nouvelles I. Edition établie
et annotée par Roger Quilliot et Louis Faucon Paris : Gallimard,
2002. (Bibliothèque de la Pléiade).
10. Lewis
Mumford. La Cité à travers l’histoire. Seuil, 1964.
11. Iannis
Xenakis. Musique de l’architecture. Textes, réalisations et projets
architecturaux choisis, présentés et commentés par
Sharon Kanach. Editions Parenthèses, 2006.
12. Albert
Camus. Cité radieuse. Hommage à Le Corbusier. S.d. Fonds
Camus.
13. Charles
Brouty, 1897-1984, s’installe à Alger en 1922. Ses dessins
ont illustré des journaux comme L’Echo d’Alger et les textes de
nombreux auteurs dont Robert Randau, Lucienne Favre etc. Il reçoit
le grand prix artistique de l’Algérie en 1954
14. Yvon
Lapaquellerie. New-York aux sept couleurs. Paris : Librairie Valois, 1930.
(Capitale du monde nouveau)
15. Simoun
31. « Camus l’algérien ». [1960] René-Jean
Clot. « Camus ».
16. Albert
Camus. Les silences de Paris. S.d. Fonds Albert Camus
17. Sciences
humaines (revue), décembre 2006. Exposition octobre 2006-janvier
2007. L'homme paysage. Palais des Beaux-Arts, Lille, 2006. Cette exposition
présente les relations entre le corps humain, le paysage et son
environnement. Référence à un texte de François
Roustang. [Le corps habité]. 2005
18. Hommage
à Albert Camus. Franz Hellens. « Le mythe chez Albert Camus
». Paris : Gallimard, 1967
19. Denis
Merle. La Chute d'Albert Camus, 40 questions, 40 réponses, 4 études.
Ellipses, 1997. (40/4)
20. Maurice
Weyembergh. Albert Camus ou la mémoire des origines. Paris : Université
de Boeck, 1998. (Le point philosophique)
21. Marcelle
Mahasela est responsable du fonds Albert Camus où a été
présentée l’exposition « Les villes d‘Albert Camus
: architectures, activités, métaphores » Cité
du livre à Aix-en-Provence. Janvier-mai 2007
Actualité camusienne
Nous remercions Marcelle Mahasela pour son amicale collaboration.
Dossier de presse
- Le Point 12 janvier 2006 : le
Camus de Rondeau
- Bulletin des amis d’Orange
: mai-août 2006 : Château et village de Lourmarin par Christian
Devalque.
- Transfuge, septembre-octobre
2006 : Yehoshua Kenaz. La plume entre deux terres par Myriam Anissimov.
- Livres-Hebdo, 29 septembre
2006: à propos du livre Ce que peut la littérature par Alain
Finkielkraut.
- Times literary supplement,
septembre 2006 : Absurdity in aspic by Robin Buss.
- Le Monde, 8-9 octobre 2006:
Des manuscrits de Camus chez Sotheby’s.
- Le Monde des livres, 13 octobre
2006 : Une histoire de lectures et de sentiments, par Mona Ozouf.
- La Provence, 14 octobre 2006
: Toute l’histoire de Mondovi, village natal d’Albert Camus.
- Géo, octobre 2006 :
Algérie
- Lire, octobre 2006 : A propos
du livre Ce que peut la littérature, par Alain Finkielkraut
- Livres-Hebdo, octobre 2006
: publicité pour la collection Destins chez Mengès où
a été publié le livre de Daniel Rondeau sur Albert
Camus.
- Figaro Littéraire, 2
novembre 2006 : à propos de Albert Camus ou la fatalité des
natures de Frédéric Musso.
- Nouvelles Clés, automnes
2006 : Une spiritualité sans Dieu ? Rencontre avec André
Comte-Sponville.
- Le Monde des livres, 15 décembre
2006 : un essai lumineux de Jean Daniel : Que dirait Camus ? par Franck
Nouchi.
- Matricule des anges, octobre
2006 : annonce pour le 1à octobre 2006, coup d’envoi pour Une saison
de Nobel au théâtre Mouffetard à Paris. Camus, le 22
mai.
- Le Nouvel Observateur, 11-17
janvier 2007 : publicité pour le livre de Jean Daniel.
- La Croix, 3 janvier 2007 ;
le livre du jour : Avec Camus. Comment résister à l’air du
temps
- La Croix, 25 janvier 2007 ;
Marque-page, Camus et l’homme sans Dieu d’Arnaud Corbic.
- Transfuge, janvier-février
2007 ; Débat : A quoi sert la littérature ? Réponse
à Alain Finkielkraut
- Livres-Hebdo, février
2007 n°678 : Sur les traces de René Char
- Aix en dialogue, février
2007 : Vers la nouvelle cité du livre.
- Le Figaro littéraire,
22 février 2007 : En voiture avec le fantôme de Camus. Bernard
Morlino rapporte que la Traction Avant de l’écrivain a été
mise aux enchères 47 ans après sa mort.
- Elle, 26 février 2007
: La bibliothèque idéale de Raphaël Enthoven
- TGV magazine Mars : Les leçons
de Camus.
- Le Matricule des anges, n°80
mars 2007 : Revues, en bref.
- Le Figaro, 1 mars 2007 : En
chemin avec René Char.
- La Provence, 4 mars 2007 :
A la rencontre d’Albert Camus.
- Le Monde des livres, 16 mars
2007 : Avec Camus. Comment résister à l’air du temps.
- La Pensée de Midi, 2à
mars 2007 : Editorial : Avec Camus, par Thierry Fabre et Entretien avec
Jean Daniel.
Livres dans lesquels il est question de Camus :
- Alain Finkielkraut. Ce que
peut la littérature. Stock/Panama, 2006
- Karima Ouadia. Albert Camus
adaptateur d